dimanche 4 avril 2010

La somme des pechez et le remede d'iceux

Cette étude est un commentaire de la nature de l'ouvrage suivant:
http://books.google.fr/books?id=rx08AAAAcAAJ&printsec=frontcover&dq=somme+des+pechez+et+le+remede&ei=zfe3S-CLBormzATA_rgl&cd=1#v=onepage&q=&f=false





Jean BENEDICTI
La Somme des pechez et les remedes d’iceux.







INTRODUCTION

Dans la tradition des livres d’enseignement et de recommandations à l’attention des ecclésiastes post tridentins de le fin du XVIème siècle, Jean Benedicti est une référence. Dans « la somme des pechez et les remèdes d’iceux », il constitue une liste exhaustive d’actes, pensées, fais et gestes que le pratiquant risque d’entreprendre ou de subir, « les poincts plus notables & necessaires pour le faict de la conscience » et qui sont définis par le dogme et par la tradition comme étant des péchés. Par ailleurs, à chaque chapitre descriptif d’une catégorie de péchés viennent compléter quelques paragraphes de conseils sur les moyens possibles de remédier à leur survenance. Cet ouvrage de casuistique est à inscrire dans le contexte de la Contre-réforme et de la volonté de l’Eglise de rééduquer le clergé parfois ignorant des valeurs de l’Eglise, et assurer ainsi un meilleur encadrement du fidèle et de la communauté.

Traduite en plusieurs langues vernaculaires dont le français, cet ouvrage constitue donc un recueil du code de comportement « pour la plus grande commodité des curez, Prédicateurs, confesseurs et autres ayant charge des âmes » un code donc, que l’ecclésiaste doit veiller à faire appliquer au mieux à la communauté de croyants afin que soient respectés les règles de Dieu, celles qui ont pour but de lui plaire pour qu’il accorde ses faveurs au jugement dernier, à la communauté autant que possible, et à l’individu qui saura suivre ces règles de perfection. Dans le cadre du système dogmatique et traditionnel catholique, ces règles font parti des conditions sine qua none de l’obtention du Salut dans des circonstances optimales. Jean Benedicti suggère dans cet ouvrage une procédure de renforcement efficace du système organisationnel de l’Eglise, en réponse aux critiques de la Réforme. Ce document permet donc en parti de mettre en évidence l’existence de moyens mis en œuvre par l’Eglise à la direction, pour agir sur l’efficacité de son système de production de bien de Salut communautaire, alors qu’elle fait face - dans le contexte- à une organisation réformée concurrente. Il est donc possible de dresser un tableau de la situation telle qu’elle a voulue se présenter au croyant en terme d’amélioration de l’offre qualitative du service. Quelles sont les modalités de changement entreprises et quelles sont les objectifs définis dans cette tentative de transformation institutionnelle caractéristique de la contre-réforme?

L’ecclésiaste est ciblé comme étant le rouage déficient du système ; c’est donc sur cet élément de la chaîne que sont entreprises en premier lieu les transformations mentionnés dans ce livre. Telle une industrie qui cherche à optimiser sa rentabilité, le rôle de ce clergé au contacte des fidèles semble vouloir être perfectionné par une mécanisation induite par la diminution de sa marge d’initiative, plutôt que par un apport à son instruction. Une telle supposition peut sembler cohérente si le but de l’Eglise est effectivement de fidéliser les membres de sa communauté.


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I – L’ecclésiaste au centre d’une préoccupation

A – La perte des valeurs religieuse.

La société du haut Moyen-age a développé une culture religieuse forte : c’est la période qui a instauré la religion au centre des préoccupations de l’époque. Elle est introduite dans la vie quotidienne des chrétiens, et banalisée à tel point qu’il devient difficile pour le commun mortel de faire la différence entre les notions de sacré et de profane. Le bas clergé tout comme le reste de la communauté est victime de la même ignorance. Comme cela a été cité en introduction, cet ouvrage est à destination des « curez, Prédicateurs, confesseurs et autres ayant charge des âmes ». Afin de rééduquer un peuple qui a perdu toute notion de valeurs, c’est le berger qu’on instruit d’abord en espérant que ce dernier saura communiquer la bonne parole à ses moutons. Les déviances de l’Eglise accusées par les Protestants plus tard sont d’abord dues à ce manque d’éducation.

Le bas clergé a lui même été affecté par cette tendance à la familiarité avec Dieu et ses intercesseurs. En fait, la dégradation des prestance du clergé est telle que le religieux pouvait paraître souillé par le profane. Ce clergé ayant souvent oublié son rôle, s’adonnait aux mêmes plaisirs que le commun peuple. Une compagne et des enfants bâtards sont alors choses communes, et plus particulièrement dans les campagnes, alors que cette catégorie de la population est sensée être distinguée par les mœurs et le mode de vie selon des principes fondamentaux des pères de l’Eglise qui interdisent entre autre le concubinage. Les valeurs spirituelles se perdent aussi bien parmi le peuple que le clergé. Ces déviances existent dans toute la hiérarchie ecclésiastique. Georges Chastellain (décédé en 1475) relate les faits de David de Bourgogne dans sa « Chronique des ducs de Bourgogne » (1461 – 1469) : tout vêtu de son armure, il fait une entrée tonitruante dans son évêché à Utrecht, « comme un conquéreur de païs, prince séculier ». A un rang plus élevé encore, on sait combien le Pape Léon X était amateur d’art et en particulier de comédie au théâtre. La norme de vie du clergé, et les manières qui lui étaient propres ne sont plus respectées. Ces déviances sont les sources de cette familiarité avec le divin si largement dénonce par les réformés.


B – Une action à la source

L’ « advertissement au lecteur » en ouverture de l’ouvrage résume brièvement mais efficacement l’utilité de cette œuvre post tridentine. Il laisse entrevoir l’importance du rôle de l’ecclésiaste pour la communauté, et on y comprend une volonté de l’Eglise de s’en servir comme moyen pur restaurer les valeurs perdues. Ce rôle des hommes d’Eglise doit d’abord être revivifié suite aux accusations soulevées par la Réforme vis à vis de Rome et de son Eglise. A cet effet, ce premier paragraphe du livre met en évidence l’importance accordée par l’institution à la diffusion la plus large possible de l’ouvrage. Il a en effet a été « approuvé en toutes langues par le S. Frere le Pape Grégoire XIII », incluant les langues vulgaires. De cette manière, il peut également être à l’usage des membres du clergé les moins instruits.

C’est pour la communauté catholique dans son intégralité qu’il y a ici un enjeu. La qualité des prestations des prêtres, qui est pleinement liée à leur niveau d’éducation, et en particulier à l’égard de la science des âmes - est donc ici ciblée comme étant le rouage défaillant du mécanisme de production des biens de dévotion. Les failles du système ont été révélées par les accusations portées envers les abus de l’institution, et des solutions sont explorées lors du Concile de Trente. Comme l’écrit justement Benoît de Canfield s’adressant aux pratiquants de bonne foi pour introduire la préface de sa Règle de Perfection; « Afin de mieux entrer dans la connoissance et la pratique de l’exercice de la volonté de Dieu, il est necessaire d’en donner quelque éclaircissement ». La Somme des pechez et le remede d’iceux est donc présenté comme l’huile qui doit relancer et restaurer l’efficacité des prêtres en essayant de remédier à leurs lacunes : c’est une liste concise des péchés que des ecclésiastes se doivent de connaître et de reconnaître, de savoir à la fois traiter et éviter aux membres de la paroisse par le conseil. « Si un aveugle conduit l’aveugle, tous deux tomberont en la fosse » : lorsque le prêtre prend en charge la conscience d’un confesseur, il doit posséder la science nécessaire pour le guider vers son Salut, par la connaissance du cadre dans lequel ce dernier évolue. Le livre si largement diffusé de Benedicti est à replacer dans un vaste programme de revivification de l’Eglise : accroître la visibilité de son efficacité à produire du bien de dévotion et être plus rentable au fidèle investisseur de bon sentiment catholique, et qui ne demande qu’à se faire remettre le fruit de ses efforts dévotionnels.


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II – Le contrôle efficace d’un fonctionnement mécanique.

A – La classification des péchés.

Dans la mise en page de son livre, l’auteur reprend une annotation dont la fonctionnalité a pu se révéler être vertueuse dans des éditions précédentes d’ouvrages à usage similaire. Afin de faciliter et surtout ponctuer la lecture de cette liste de péchés, les initiales PM et PV sont apposées en fin de chaque énonciation de péché. Ils en éclaircissent ainsi l’utilisateur sur la gravité du péché consulté. Par « P.M., l’autheur entend briefvement declarer que le peché dont est parlé est mortel, qui reduit l’ame pecheresse à la mort eternelle, si elle n’a recours au remede de penitence - PV, peché veniel, qui se pardonne facilement, et pour lequel la peine seulement temporelle est infligée, soit en ce monde, soit en l’autre ». Cette précaution permet d’accroître l’efficacité de cette encyclopédie des péchés en rendants son usage plus simple, plus mécanique. Son utilisateur : curé, prédicateur ou confesseur, n’est tenu que de se référer à cette annotation pour juger de la gravité du péché.

Les péchés sont classés par degrés de gravité. Dans le premier chapitre du livre premier, l’auteur insiste sur la différence à établir entre les péchés mortels et les péchés véniels : ils sont différents en seize façons toutes évoquées par l’auteur. Sont aussi listés et définis : les vingt-six types de péchés mortels et les seize façons de se faire pardonner un péché véniel. Il peut être intéressant de souligner les sources de l’auteur. Les voies vers le pardon des péchés véniels auraient été assignés par les Pères ; elles sont donc soumises au lecteur sous l’argument de l’authenticité des auteurs. La liste des péchés mortels en revanche est de source plus intéressante : il semblerait qu’elle ne puisse provenir d’aucune source officielle antécédente à la publication du texte. En effet, Benedicti admet que l’établissement de la distinction dogmatique réelle entre le péché véniel et le péché mortel est difficil. L’auteur s’appui d’ailleurs sur les paroles de Saint Augustin qui affirme lui même ne pas savoir précisément définir cette frontière. Ces non-dits renverraient a priori le lecteur à la réflexion et à un arbitrage personnel sur la nature à attribuer au péché qu’il souhaite définir. Mais la somme des pechez et les remedes d’iceux se veut le plus simple possible, et le moins laborieux pour le lecteur. Ainsi, Benedicti présente sa liste des péchés mortels par une introduction qui en annonce la valeur officieuse par soucis de simplicité : « afin de nous aider du labeur de nos Pères, nous mettrons certaines marques, pour cognoistre la difference ». L’auteur a choisit de prendre le risque d’entreprendre ce que n’avaient osés les Pères de l’Eglise. Le texte a pourtant été ratifié par la hiérarchie ecclésiastique pour sa publication. Nous avons donc à faire à un ouvrage, dont la vulgarisation volontaire légalement diffusée à un public vaste, est au moins toléré par Rome. Derrière subsiste la conscience d’un lecteur pas considéré comme étant nécessairement capable de conduire une réflexion personnelle, comme celle requise pour la définition de la nature du péché. On peut pourtant imaginer que cet arbitrage ne dépende pas seulement des faits, mais aussi des circonstances dans lesquelles ils sont réalisés. Or cet ouvrage invite clairement son utilisateur à limiter le cadre de la définition du péché à celui institué. La procédure de classification des péchés entre les catégories vénielles et mortelles est donc réduite à sa forme la plus simple par mécanisation du système.


B - La mécanisation du système

A l’image de beaucoup de jugements conditionnant la possibilité du croyant de continuer à postuler pour sa place dans l’au delà, la Réforme Tridentine a résulté en une mécanisation des décisions qui auparavant devaient être de nature plus systémique. Un système « déjà pensé » est donc progressivement mis en place pour assurer le moins d’initiative possible à un membre du clergé susceptible de porter un faut jugement, ou de faire le mauvais choix. C’est un système préconçu par la direction savante de l’institution qui définit sur critères précis de la validité d’une candidature à prétendre au Salut Eternel. Le projet a pour but d’améliorer la qualité du service par la réduction des marges d’erreur, et donc d’assurer un filtre plus fiable des croyants les plus méritants.

Évidemment, un tel angle d’approche invite à première vue à concevoir deux mouvements en sens contradictoires dans le processus de réforme, et dans la façon d’améliorer l’emploi des ressources humaines en membres du clergé. Si d’une part, les séculiers sont sensé être rendus plus efficace par l’usage de cet outil de classification des péchés, ce n’est pas autant par l’augmentation effective de ses compétences critiques et intellectuelles, que par la mécanisation de son jugement - et donc de la diminution de son degré d’initiative. L’efficacité du processus de sélection des âmes saines passe donc par la mécanisation du système par la direction pensante, et par la réduction de l’initiative des agents intermédiaires.


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III – Le consommateur

A – L'assurance d'un investissement sûr.

A échéance, c’est bien la communauté catholique dans son intégralité qui doit profiter de cette initiative. L’individu est invité à investir sa dévotion dans un système qui se veut plus sûr : il serait moins risqué car il serait standardisé par une élite théologique pensante dans les moyens de production dévotionnelle suggérées. C’est donc un système qui repose sur la confiance en autrui, et en particulier aux preneurs de décision. Le savoir du petit clergé est lui limité à la consultation d’un ouvrage en langue vernaculaire. Le résultat de l’entreprise de transformation serait donc effectivement perceptible par le confessant qui est par conséquent directement affecté par la volonté émanant de la direction institutionnelle de l’Eglise. L’Eglise serait alors plus fermement tenue par l’élite religieuse, et les croyants seraient dans le principe plus directement répondants aux instructions de Rome.

Aussi, ces transformations structurelles peuvent être l’opportunité de rendre quelque peut plus intelligible la situation d’un individu sur son chemin vers l’au delà. Cette emprise permettrait d’encadrer de plus prêt la communauté qui prend donc tout son sens en tant qu’ensemble unitaire. Tous ses membres se sentent plus proches d’êtres soumis à des conditions standard qui définissent individuellement un état personnel de progression vers le Salut. Le Salut des uns dépend ainsi moins du Salut des autres.


B – Une mesure à double courant

Mais le catholique - en tant qu’individu - est par conséquent soumis à un sentiment à double sens. Si d’une part il peut être rassuré sur la définition plus précise des étapes à franchir dans sa quête vers le Salut, en revanche il connaît clairement une réduction de l'investissement à fournir pour atteindre son objectif. L'intensité de son sentiment dévotionnel servant de mesure à sa ferveur religieuse, est aussi représentative de son mérite à obtenir le Salut tant désiré. Le courant contraire susceptible d'avoir été provoqué par cette mesure de structuration peut avoir - en fin de compte - augmenté la nécessité d'investissement spirituelle, réduit l'incertitude de son utilité, mais aussi certainement réduit son efficacité à produire du bien dévotionnel.
Par extension de ce raisonnement, un autre résultat contre-productif peut découler de ces précisions dogmatiques. Si les voies du Salut sont ici plus clairement définies, elles peuvent en revanche laisser les plus fervents catholiques dans un scepticisme plus prononcé encore. Face à l’immensité de la récompense, un investissement dévotionnel ne peut pas être réduit. Au contraire : l’accroissement de la facilité d’accès au Salut nécessite en compensation, une plus forte intensité dévotionnelle. Cela permet d’atténuer le sentiment d’indignité à être récompensé ; cette conscience morale d’un écart entre l’investissement et l’immensité de la récompense qu’on ne mérite que si on sent avoir suffisamment contribué à la hauteur de la juste valeur ressentie de ce qui est gracieusement offert. Le système de compensation est basé sur un principe méritocratique qui est rendu plus difficile encore : la récompense toujours immense, n’est payable que par des biens dévotionnels de valeurs alors réduites par ces processus de simplification institutionnelles comme celles instaurées par Benedicti dans « la somme des pechez ». L’investisseur subit en fait ces mesures comme une augmentation d’une dette envers Dieu. Avoir accès à une fonctionnalité technologique plus efficace pour l’accès au Salut - en cette époque de crise religieuse - revient à bénéficier d’une avance de fonds en provenance d’une banque de l’au-delà, comme un prêt dont le taux est évolutif avec son sentiment de culpabilité et d’indignité. Comment donc combler ce déficit ? Ce règlement de compte ne peut avoir lieu que dans le Purgatoire par la souffrance de la purification. Pour éviter ces surplus de dépenses, il faut réagir dans ce bas monde par une intensification des pratiques dévotionnelles. C’est par cet effort accru et déraisonnable pour l’état de santé humaine que des hommes de conscience forte comme Martin Luther cherchent à compenser leurs dues au prix de leur état de santé. Certains peuvent alors avoir le sentiment de rencontrer une impasse, pouvant ainsi encourager les moins fous à trouver d’autres moyens technologiques que celui dans lequel ils avaient pourtant déjà tant investis.


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CONCLUSION

Cet ouvrage est donc à replacer dans un processus de contre Réforme qui a eu des effets particuliers et effectivement définissables sur les sujets ciblés. Partant d’une réflexion en amont du système hiérarchique de l’institution ecclésiastique, Jean Benedicti fourni des instructions au bas clergé dans le but de renforcer l’unité de la communauté catholique face à la menace protestante et à la fuite des fidèles. Engagé dans un phénomène de concurrence technologique d’accès au Salut, l’Eglise catholique a cherché à renforcer la qualité de ses prestations en commencant par celle du bas clergé. Afin de maintenir une emprise institutionnelle forte à tous les niveaux de la hierarchie, le système se veut simplifié et mécanisé pour standardiser son focntionnement partout où il s’applique. Mais comme toute action globale, elle a des conséquences qui peuvent agir dans les deux sens sur les flux de fidèles entre les deux confessions du marché. Par la plus claire définition des étapes à franchir sur la voie vers le Salut Eternel, l’Eglise catholique peut espérer gagner en crédibilité grâce à une meilleur transparence des règles d’accès au Salut, réduisant ainsi l’angoisse dans l’avenir directe des investisseurs. Mais d’autres conséquences peuvent aussi être responsables de la fuite des fidèles : la définition plus claire de ces moyens qui se veulent plus faciles à employer imposent aussi au croyant une plus forte nécessité en apports dévotionnels pour venir compenser la croissance du sentiment d’indignité. En ces temps de crise religieuse, tout emploi d’une avance dévotionnelle est un risque accru qui dégrade la crédibilité d’un accéder rapide à l’au-delà.




dimanche 7 mars 2010

Marcel Mauss: La Prière en tant que phénomène social




Marcel MAUSS :
La prière en tant que phénomène social.




Le travail suivant consiste en une étude d’un essai de Marcel Mauss sur la prière en tant que phénomène social. Le sujet est traité au travers du spectre de la sociologie. Mêlé à un résumé critique de son travail, je vais tenter de suggérer des approfondissements de thématiques abordées par l’auteur, en m’appuyant sur le sujet d’étude que je cherche à développer.

Marcel Mauss est un sociologue Français né à Epinal en 1872, et décédé à Paris 1950. Neveu d’Emile Durkheim, il est aussi considéré comme étant un des piliers fondateur de l’ethnologie et de l’anthropologie. Son parcours professionnel commence par une agrégation de philosophie en 1895. Il se tourne vite ensuite vers la sociologie religieuse et étudie à L'Ecole pratique des hautes études où il devient, 5 ans plus tard, responsable de l'enseignement de «l'histoire des religions des peuples non civilisés ». L’extrait de son œuvre étudié ici est intitulé « La prière comme phénomène social », il s’agit d’une partie de son travail dédié à la prière et aux rites oraux. Cette partie m’intéresse tout particulièrement du fait de son intérêt pour le sujet d’étude que je souhaite aborder pour un travail de mémoire, puis de thèse.

J’ai définis mon sujet comme suit : « le Coût du Salut en Occident, au début de l’époque moderne ». Le sujet est éminemment historique et religieux, mais implique une nette part de sociologie de la religion, du fait de sa dimension. Cette étude consiste entre autre en la définition et une analyse d’un marché religieux, sur lequel les individus croyants évoluent par l’échange de « biens de dévotion ». Ces derniers sont placés sur un marché régulé par un système sociale faisant intervenir tous les acteurs intéressés par confrontation, comme sur tout marché économique. Ces biens sont échangés et investis en des technologies dans le but unilatéral d’obtenir un bien de nature unique sur ce marché que je postule comme étant absolument désiré par tous les agents économiques de l’époque : le Salut Eternel. Mon étude consiste donc à étudier comment les individus se comportent sur ce marché bien particulier, en fonction du coût de ce Salut. Par extension, cela doit me permettre de comprendre comment ces agents pouvaient organiser leurs vies en conséquence de leur nécessité d’évoluer sur ce marché. Cet extrait de Marcel Mauss m’intéresse dans la mesure où elle introduit la prière sujet d’étude sociale, et non pas individuelle. Bien qu’elle soit produite et accumulée pour un bien être individuel, elle intervient comme élément d’échange et d’interaction spirituelle sur une société toute entière qu’elle contribue à unir par les rapports sociaux qu’elle établie. Cette étude présente la prière sous des caractéristiques qui sont très similaires à celles imputées à la monnaie sur un marché économique financier. Rapporté à mon étude, la prière telle que la définie Mauss correspond aux biens dévotionnels ; capital de base que produisent les agents économiques, et dont ils sont munis pour procéder aux différents investissements nécessaires en vu de l’obtention de leur Salut Eternel. Cette étude doit donc me permettre d’étendre ma conception de cette valeur qu’est la prière, et d’en comprendre les caractéristiques sociabilisantes.

Cette étude est donc menée en deux parties. La première est un résumé des propos tenus par l’auteur dans son ouvrage. Le plan y est défini en trois parties dont la première est une énonciation des raisons pour lesquelles la prière peut être posée en tant que sujet d’étude social. La deuxième partie est consacrée aux rapports sociaux de masse qui sont établis par la prière, pour finalement ouvrir le sujet sur la manière dont la prière des hommes permet la cohésion d’un ensemble social en tant que valeur circulante.

La deuxième partie de ce travail est un report des propos de Mauss sur ma thématique d’étude. Ainsi, je divise en trois parties les conclusion que je tire de cette analyse. La première est un listage des caractéristiques fédératrices de la prière en tant que monnaie. La deuxième partie est une tentative d’expliquer la façon dont cette monnaie circule sur le marché. Et finalement, la troisième partie est consacrée à la façon dont la prière peut être employée et ainsi produire de la valeur.


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PARTIE I


I – La prière comme la religion sont des sujets d’étude social.


Pour les théoriciens, la prière est essentiellement un phénomène individuel. C’est la raison pour laquelle, selon l’auteur, ces derniers ne sont jamais sortis des généralités quand il a s’agit d’en soumettre le phénomène à l’étude. Marcel Mauss en suggère une autre approche.


A – La prière comme condensé de religieux.


Une prière est un condensé de dogmatisme et de liturgie : elle rassemble un ensemble de paroles qui ont un sens attribué en occident par l’institution de l’église, corps représentatif d‘une religion. Dans son contenu même, elle implique tout un ensemble de traditions, de valeurs conceptuelles qui donnent un sens particulier à la situation dans laquelle la prière est prononcée. Ainsi, elle définie un état des choses et des rapports sociaux entre les individus impliqués dans la prononciation de cette prière.

Sa vertu n’est pas consubstantielle à la prière. Elle émane à la fois d’un corps social, comme la religion - qui en permet la fonctionnalité sociale - et d’un passé ou une tradition qui crédibilise la position de ce corps social vis à vis de cette prière. Une prière n’est pas seulement l’effusion d’une âme, c’est un fragment d’une religion qui s’expose. Elle est donc à distinguer d’un sentiment exclusivement personnel, et à étudier en tant que phénomène social.

C’est le produit de l’effort accumulé des hommes et des générations. Les religions ne se fondent pas en un jour, mais d’une perpétuelle évolution à laquelle de nombreux homme set femmes ont participé. Elles font introduire des mœurs, des coutumes et des traditions, formant un dogme sur lequel sont fondés toutes les croyances d’un religion comme la validité d’une prière.


B – Les rapports établis par une prière.


Une prière a la capacité de réunir des éléments et des individus disparates en une parole, et de les mettre verbalement en rapport entre eux afin d’espérer un résultat effectif. Celui qui procède à un tel rituel cherche à agir sur le monde : ce rapport invoqué entre les éléments employés ont le pouvoir d’actualiser une situation aux yeux de celui ou de ceux qui procèdent à la prière. Un bénéfice est tiré de ce travail spirituel.

Une prière est certes prononcée par un individu. En cela, elle revêt un aspect individuel et personnel. Mais les choses qu’elle évoque pouvant chercher à avoir une conséquence personnelle, agissent sur le matériaux social.

La prière est donc également un phénomène social en cela que, la religion en tant qu’elle soit elle même sociale, est un système organique de notions et de pratiques collectives ayant trait aux êtres sacrés qu’elle reconnaît. Alors même que la prière individuelle est libre, même quand le fidèle choisit à son goût les termes et le moment, il n’y a rien d’autre en ce qu’il dit que des phrases consacrées, c’est à dire sociales.


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II – La prière et les masses.


A – La prière communicatrice.


Au travers de cette prière, ce sont en fait les valeurs et les idées d’une institution émettrice de ces prières qui sont véhiculées. C’est cette institution qui assure la crédibilité de la prière, et sa vertu est celle que lui attribue la communauté. En cela aussi, une prière n’est en aucun cas individuelle si on prend en compte le fait que cette prière - bien qu’elle fut prononcée par un individu - n’énonce en rien l’état de son âme tel qu’il le définirait lui même individuellement. La prière n’est pas personnalisée.

La religion ayant instaurée des lignes de conduite morale et d’éthique précises, les rapports au monde énoncés par ces prières ne font que situer l’individu sur un état déjà prédéfini et prévu par le dogme. La religion ne prévoit que ses pratiquants ne ressentent que certains états d’âmes auxquelles répondent des prières spécifiques. Ces derniers permettent à ceux qui se les approprient de s’aligner sur ces lignes – c’est à dire sur des variations de normes sociales fixées - mais telles qu’elles sont déjà définies par la religion seulement. Celui qui emploi la prière peut ainsi exprimer un état d’âme d’une telle manière standard codifiée, que l’observateur averti peut en comprendre la dimension. La prière est donc fonction communicatrice au sain d’un cercle religieux culturel, puisque les mêmes standards d’expression de l’état d’âme y sont employés par tous les membres

La prière est donc sociale non seulement par son contenu, mais aussi dans sa forme. Ces directives standards morales et éthiques sur lesquelles sont basées ces prières sont par ailleurs toutes regroupées sur des textes dogmatiques qui en assurent la légitimité de contenu. Certaines religions ont d’ailleurs un livre rassemblant tout le code en question.


B – Une capacité distinctive et identitaire.


Un autre élément chose qui montre que la religion est un phénomène social avant tout, est le contexte dans lequel ces prières sont employées. En général, la prière répond à un appel d’une masse de fidèles ou d’une autorité sacerdotale quand ce n’est pas par nécessité en situation exceptionnelle. Même lors d’une prière solitaire, on fait appel à la masse communautaire en question.

Il existe des religions où les prières n’ont de sens que si elles sont produites en communauté, voir même par une classe d’individus déterminée. La religion impute à certains la capacité de prier plus efficacement, pour un ensemble d’autres individus dans la nécessité de recevoir ces prières. Il arrive même que ces autres catégories réceptives des produits de la prière, soient eux, interdits de prier. Dans ce cas, celui qui prononce la prière n’est pas la même personne que celle qui en reçoit le bénéfice. Marcel Mauss donne l’exemple de l’Inde, dans laquelle la religion ne crédibilise qu’une classe supérieur de la société à prier pour les autres, les classes inférieures font horreur aux Dieux, et ne seraient pas écoutés !

Ces prières définissent donc aussi des cercles exclusifs de société : des castes, ou des peuples, pour lesquels la fonctionnalité de la prière dépend du pouvoir qu’y attribuent la communauté ou le pouvoir d’une culture ou d’un espace définit, et ce de façon exclusive. Ainsi, la prière d’une religion employée par un fidèle d’une autre confession n’est pas efficace.


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III – Une société et des Hommes.


A – Un rituel toujours inclus dans la vie d’une société.


Le dernier point qui tend à prouver le caractère collectif de la prière est le constat de l’existence de relations qui la lient à d’autres phénomènes collectifs : des phénomènes sociaux qui impliquent des relations définies et précis entre des individus tels que des mariages, des serrements juridiques, ou des confessions. Les formules des prières sont codifiées dans ce but, et la rattachent à un formalisme social. Les prières peuvent donc aussi servir de matière à comprendre ces relations sociales, en s’en servant comme outil d’étude.

Par extension à ces relations directes, certaines formes que prennent les prières peuvent revêtir des aspects encore plus globalisateurs, cherchant à affecter parfois l’ensemble d’une communauté par la nature de ce qu’elles visent à émuler. Ainsi, la prière a même des fonctions économiques. Les prières sont en effet souvent de véritables valeurs. Elles contribuent à faire la richesse des classes sacerdotales. De plus, il y a des civilisations entières où elles passent pour être des facteurs de la production. L’efficacité qu’on leur attribue est analogue à celle du travail ou des arts mécaniques.

La prière en tant que valeur, est fédératrice d’un système sur lequel les individus produisent des biens d’ordre dévotionnel. Convertissables en valeurs fiduciaires pour les classes sacerdotales, elles pourraient évoluer sur un marché avec toutes les caractéristiques de la monnaie. Dans quel cas, la prière est fédératrice en tant qu’élément régulateur d’un système social d’ordre économique.


B – La société est un agrégat d’individualités.


Il n’est pas non plus à exclure que les prières ne soient pas individuelles, seulement aucun code n’est prévu selon l’auteur pour encadrer, rendre significatifs ou même légitimer ces types de prières. Il en déduit d’ailleurs que cette absence de règles est peut être due à ce qu’on aurait jamais idée d’une prière individuelle !

Mais si on cherche ici à montrer que la prière est un phénomène social, il ne s’agit pas non plus de l’en priver de l’intégralité du caractère individuel que beaucoup lui reconnaissent malgré tout. L’individu prononce la prière : il est l’acteur dans une société par la mise en pratique d’un rituel qui s’inscrit dans un ensemble collectif. En cela, il tient un rôle particulier de producteur de valeurs dévotionnelles.

L’individu qui prie peut donc trouver une forme de légitimité en tant qu’acteur producteur et consommateur de cette valeur très particulière. Cette forme économique que peut prendre la prière, est évolutive sur ce cadre structuré autour de ce qui pourrait être considéré comme un marché d’échange dévotionnel : la société est un corps qui échange constamment des valeurs de toutes sortes, aussi bien fiduciaires que sentimentales. Ces individus sont unis au sain d’un même corps social qui reconnaît l’existence et la valeur de cette ressource circulante qu’est la prière.



PARTIE II


Cette deuxième partie est une étude qui vise à employer les perspectives offertes par l’étude de Marcel Mauss, afin d’approfondir ma conception de la prière dans le rôle socio-économique que je lui définie dans mon sujet d’étude. Le but en est de soulever les questions qui doivent être approfondies pour anticiper sur le travail de recherche que j’ai l’intention de réaliser par la suite.


I – La prière en tant que monnaie et ressource


A – La prière en tant que valeur sociale.


Marcel Mauss expose comment la prière, en tant qu’objet social, peut être définie comme une valeur. Cette dernière est produite par un travail dévotionnel : la prière est une action qui résulte en une action sur le monde. C’est donc la production d‘une créance sur le monde : dès lors où une prière est produite, le détenteur de sa valeur s’attends à pouvoir l’échanger sur un marché religieux, contre la réalisation d’une action sur le monde.

A l’époque moderne, le monde est conçu très différemment que celui qui a été soumis à l(étude de Marcel Mauss. La société est noyée dans une ambiance religieuse omniprésente. Dieu est l’explication de toutes les causes et de toutes les conséquences. C’est dans ce contexte que le dogme définit comme but ultime d’une vie humaine, l’obtention du Salut éternel. Dès lors où ce dernier est considéré comme étant le bien à acquérir en dernier instance, toutes les actions menées dans la vies peuvent avoir pour but de franchir les étapes vers l’acquisition de ce bien. Cela passerait par la production de la monnaie d’échange qui permettrait de l’obtenir : la prière compte parmi ces efforts à fournir. La pratique de la prière permet la production de biens définis comme « biens de Salut ». ce sont ces derniers qui, en tant que créances, circulent sur le marché dévotionnel, pour acquérir en dernier instance le Salut éternel.

Dans ce sens, la prière uni la société autour de ce but commun. Les individus qui reconnaissent la valeur de ce but et de la monnaie qui permet son acquisition, sont regroupés sur ce marché en tant qu’agents producteurs et détenteurs de ces valeurs par le biais d’un travail : la prière. Alors, la prière revêt l’entière dimension de la valeur sociale que lui impute Mauss.


B - les caractéristiques d’une monnaie d’échange


Afin que cette valeur puisse circuler : c’est à dire qu’elle soit définie comme étant une monnaie, il faut qu’elle revêt certaines caractéristiques financières. D’abord, elle doit être capable de servir de réserve de valeur. La prière est un élément qui produit une créance. Par équivalence, la prière en elle même représente cette valeur. Puisqu’il est de croyance que cette dernière peut être échangée contre des services ou une action divine sur soit ou la société, pour envisager une meilleur après vie ou pour épargner la colère de Dieu durant sa vie sur terre, alors la créance que représente la prière est bien une réserve de valeur.

D’autant plus que des pèlerinages permettent leur accumulation. Les indulgences et autres bonnes œuvres sont un cumule nécessaire au chrétien catholique pour évoluer sur ce marché, ce qui justifie la deuxième caractéristique nécessaire à un objet pour servir de monnaie : la prière sert également d’indice de valeur. La valeur chiffrée et monétaire d’une indulgence, ou la répétition chiffrée d’une prière permettent de définir précisément en fonction de la technologie de l’église, combien de jours sont gagnées au purgatoire. Réduite à néant, l’annulation de cette dette correspond à la compensation totale de tous les pêchés de l’individu, lui donnant accès directe au paradis.

Troisièmement, la monnaie doit être capable de circuler et permettre les échanges, c’est à dire qu’elle doit avoir la capacité de faire tourner l’économie, et de maintenir la cohésion entre les agents qui évoluent dessus. Or la prière est convertissable très facilement avec les valeurs fiduciaires : une prière et une bonne œuvre ont une valeur aussi bien chiffrée en dévotion qu’en monnaie métallique. La technologie d’acquisition du Salut telle qu’elle est définie par le dogme de l’église assure la liquidité de cette monnaie dévotionnelle. La prière est un des moyens stipulé comme pouvant mener vers le Salut Eternel : les moines sont d’ailleurs les spécialistes producteurs de biens par la prière. Elle est constamment accumulée comme bien social, en espérant acquérir le statut promu par la religion : celle de tous ces saints assis aux cotés de leur créateur au paradis. Ils savent donc tous que la liquidité de la monnaie est effective : il en relève de leur ferveur et de la solidité de leurs croyances. La troisième fonction de la monnaie repose donc sur la croyance de l’agent.


II – La mise en circulation sur la marché


A – reconnaissance du marché


Toute monnaie n’est utilisable que dans une zone économique définie. La prière est une valeur qui est employée dans tout le monde chrétien : elle n’est utilisée que parmi celles et ceux qui reconnaissent le pouvoir vertueux de la prière. Cela nécessite donc d’être croyant.

L’espace d’influence religieuse est le marché et le réseau social sur lequel la prière prend un sens, et sa valeur en définit la relation au marché et aux autres biens qui y circulent. Le rôle de la prière devient alors centrale : elle est l’effort qui est capable d’unir toute une société autour du même travail de production de créances dévotionnelles. La prière en prend une valeur identitaire.

B – une liquidité assurée par les institutions financières.

La liquidité d’une monnaie correspond à sa capacité de circuler sur un marché. Il faut qu’elle puisse être employée dans des échanges rapides, et avec une perte de valeur minimum. Or cette valeur est maintenir par la crédibilité de l’institution qui maintient ces créances en circulation. Si les individus croyants sont les producteurs et consommateurs finaux de leurs fruits, c’ets l’Eglise qui détient la technologie qui permet à ces créances d’êrte productives. Il en tient donc à l’Eglise d’être prometteuse.

La capacité de l’Eglise à maintenir ces valeurs dépend de la confiance qu’ont les utilisateurs en leur capacité à produire du bien de Salut. Comme tout marché économique, celui des dévotions est auto réalisateur. Si les croyants sont optimistes, alors le marché se porte bien, et leurs prières sont d’autant plus crédibles que beaucoup d’individus les pratiquent. Le marché est ainsi élargi, ce renforce la crédibilité de la valeur de la prière, comme le montre Marcel Mauss par d’autres moyens. En revanche, le pessimisme des agents peut entraîner une baisse de la confiance en l’institution technologique, et il nécessitera plus de prières et d’efforts pour l’acquisition des biens de Salut. Un événement comme la Réforme de 1517 correspond justement à la réponse sociale d’une crise profonde de la production de biens de Salut.


III – Emploi et production de valeur.


A – La satisfaction des besoins spirituels.


Tout comme dans la vie matérielle, cette richesse dévotionnelle doit être employée pour satisfaire à des besoins, et en ultime dépense, doit résulter en la satisfaction ultime du besoin suprême qui est l’obtention du Salut éternel. Mais les premières prières ne servent pas directement à investir pour ce Salut, des étapes doivent être franchies.

Maslow définit une échelle pyramidale de niveaux de satisfaction de besoins matériels. Il considère qu’un individu muni d’un capital, commencera d’abord par satisfaire ses besoins physiologiques comme manger et boire avant d’évoluer dans l’échelle pour éventuellement atteindre le stade où l’individus a suffisamment de moyens pour satisfaire des besoins d’accomplissement.

Dans la chrétienté du début de l’époque moderne, l’enfant est admis dans la communauté par un premier investissement de prières lors de son baptême. Ce capital initial est celui qui l’intègre au marché, et le lance dans sa quête d’une vie pour obtenir son Salut. C’est par ce capital initial qu’il est intégré à la société. Grâce à elle, le premier niveau de besoin religieux est franchi. Reste à évoluer sur cette échelle le plus haut possible, motivés par la nécessité d’arriver au stade final.


B – De la prière au Salut Eternel.


La prière est donc à l’origine de toute production de valeur dévotionnelle. Il ne suffit pas de simplement l’échanger pour produire de la valeur, mais de l’investir intelligemment, en fonction des règles d’un système définit tel qu’il sera capable de satisfaire un besoin religieux constamment supérieur à force de travail spirituel.

L’acquisition du Salut est impossible sans le moyen technologique qui permet de l’atteindre. Ce moyen est définit par une religion. La religion est donc nécessaire pour obtenir cette finalité. C’est le dogme qui définit les règles, ou la technologie, qui permet la production de biens dévotionnels qui donnent accès au Salut. L’obtention du baptême ou de la communion sont des étapes qui définissent un certain seuil de richesse, et qui facilitent en suite la production de biens dévotionnels. L’investissement qui a permis d’être baptisé permet la promotion qui renforce la productivité de l’individu. Ses prières prendront d’avantage de valeur aux yeux de la société, c’est à dire aux yeux du marché concerné.

A force de travail – ou de dévotion – l’évolution sur l’échèle par le suivi rigoureux et stricte des termes définis par les dogmes religieux sont sensé permettre l’acquisition du Salut éternel. Son obtention est définie come étant essentielle. L’espoir de son obtention a donc été dans ce sens, un des facteurs fondamentaux de l’organisation des hommes en société. Le travail par la prière, et la production de valeur est la nécessité absolue de ces individus mus par le besoin absolu d’obtenir ce Salut qui leur est si cher.


Conclusion.


L’interprétation de Marcel Mauss de la prière permet l’intégration de cette notion dans le système religieux économique que je me donne pour but de construire pour la poursuite de mes études. Sa définition en tant que monnaie n’est possible que par l’exposition de sa valeur sociale.

Ses études sur le sacrifice et la magie sont d'autres champs qui doivent etre explorés pour préciser à l'avenir les termes et les moyens de production de ces valeurs dévotionnelles



lundi 19 octobre 2009

Justifier l'hypothèse de l'Homme poursuivant une quête: Abraham Maslow





Tentative pour justifier l'hypothèse de l'Homme poursuivant une quête du Salut Eternel.





Abraham Maslow
La motivation par la hiérarchie des besoins.




Le travail que je mène sur le Coût du Salut en Occident à l’Epoque Moderne, est entièrement fondé sur une donnée hypothétique jusqu’ici infondée sinon par un certain sentiment de bon sens. « Chaque individu effectue les choix qui lui permettent de progresser vers un but ultime : acquérir le Salut Eternel. ». Traduit en des termes plus contemporains, « chaque individu effectue des choix spécifiques et réfléchis au court de sa vie, afin d’atteindre un but définissable par une formule générale : le jour venu où il va quitter ce monde, chaque individu veut pouvoir affirmer qu’il a été heureux, et que sa vie fut belle. »
Mon étude n’aurait pas de sens sans que cette hypothèse ne soit avérée. Afin de lui donner plus de poids et de crédibilité, j’ai décidé de la soumettre aux connaissances que j’ai acquises dernièrement dans mon nouveau cursus en Ecole Supérieur de Commerce que j’ai commencé en septembre de cette année 2009. C’est en cours d’Organisation et de Marketing à Rouen Business School, que j’ai eu connaissance d’un psychologie sociologue qui, semble-t-t-il, est largement connu du domaine du management : Abraham Maslow.

Né en 1908 à New York, et décédé en 1970 en Californie, ce psychologue américain est essentiellement connu pour son explication de la motivation par la hiérarchie des besoins, souvent représentée par une pyramide dite « pyramide des besoins ». Au cours de sa carrière, Maslow s’est intéressé principalement aux motivations « supérieures » de l’homme dans sa hiérarchie (ce qu’il appelle « l’accomplissement de soi ») ainsi qu’aux fondements de la santé psychique. Sa hiérarchie des besoins signifie que l’homme n’atteint le plein développement de son psychisme que s’il est satisfait sur tous les plans : physiologie, sécurité, amour, estime (reconnaissance) et accomplissement de soi. Cette hiérarchie est généralement représentée sous la forme d'une pyramide qui, de la base au sommet, distingue cinq niveaux de besoins :

1. À la base, les besoins physiologiques (tels que la faim, la soif) ;
2. Ensuite, les besoins de sécurité et de protection (tels que le désir d'un toit ou d'une bonne assurance) ;
3. Puis viennent les besoins d'appartenance, besoins sociaux qui reflètent la volonté de faire partie d'une famille, d'un groupe, d'une tribu ;
4. Ensuite arrivent les besoins d'estime de soi (qui permettent de se regarder dans le miroir le matin) ;
5. Enfin, apparaissent au sommet de la hiérarchie, les besoins d'auto-accomplissement (qui renvoient au désir de se réaliser soi-même à travers une œuvre, un engagement).

Maslow estime que les besoins élémentaires (physiologiques et de sécurité) étant satisfaits, la personne cherche ensuite à satisfaire les autres besoins d'ordre supérieur de façon à alimenter sans cesse les motivations. Un besoin d'ordre supérieur ne peut être satisfait que si les précédents le sont. Au court de sa vie, l'Homme est alors amené à vouloir gravir le plus d'échelons possible.
Aujourd‘hui, ce modèle est très connu dans le domaine du management, et il est employé dans le monde du travail. La forme triangulaire est employée pour sa commodité, car l’auteur lui, n’évoque qu’une hiérarchie sans modélisation : il en maintient une vision dynamique. Ses recherches concernaient surtout la psychologie générale, et ce sont ses successeurs qui ont appliqué ses conclusions à la sphère de l'entreprise. Lui-même n'a écrit que des notes à ce sujet, où il est peu question de motivation, mais beaucoup plus de la société adéquate et de l'Eupsychie (ou santé psychologique).
Maslow propose aussi une étude sociologique de la spiritualité dans laquelle il classifie avec beaucoup de finesse les différentes manifestations paroxystiques, telle que la révélation. Sa démarche est celle d'un scientifique qui approche globalement une dimension du fait religieux de manière macroscopique, soit comme un sociologue ou même comme un ethnologue, et qui use ensuite d'une analyse psychologique pour aborder l'échelle microscopique de l'expérience paroxystique. Les premières études d'Abraham Maslow ont porté sur la satisfaction des besoins et sur la motivation humaine. Elles ont mis en lumière une hiérarchie de ces besoins : physiologiques, de sécurité, d'amour, d'estime et d'accomplissement de soi. Mais Maslow a consacré l'essentiel de ses recherches à comprendre en quoi consiste cet accomplissement de soi, ce qui l'a conduit à accorder une place essentielle aux expériences mystiques, qui sont pour lui une manifestation de la plénitude de l'esprit.

Reporté au XVIème siècle, ce même modèle de psychologie de la motivation pourrait être complété. Maslow semble avoir approché l’accomplissement de soi comme pouvant être assouvie par des réalisations d’ordre spirituelles. L’époque moderne, religieuse, définissait précisément de quelle nature était faite cette dernière étape. L’homme se réalise par l’acquisition du Salut Eternel, et sa vie est une éternelle quête, motivée par la nécessité de satisfaire ce besoin !


La poursuite de cette piste de recherche doit passer par les lectures suivantes:

- Abraham MASLOW, « l’accomplissement de soi » (Religions, Values, and Peak Experiences (1964))
- Abraham MASLOW, Motivation and Personality (1954, réédité 1970). Traduction française : Devenir le meilleur de soi-même


Si quelqu'un lit ceci et détient une ou plusieurs idée de pistes à suivre pour approfondir cette preuve, je le prie de bien vouloir se manifester par un commentaire! Qu'il se manifeste également s'il a connaissance d'une autre manière de justifier cette hypothèse! Merci d'avance à tous ceux qui me liront, et merci encore plus à ceux qui sauront m'aider!

Alex.T.

mercredi 14 octobre 2009

Déterminer un Coût du Salut selon Rodney Stark





Déterminer un Coût du Salut.
selon Rodney Stark




Etude de trois articles du sociologue Rodney STARK :
- Towards a Theory of Religion: Religious Commitment
- Religious Choice and Competition
- The « New Denominationalism »







Introduction.

Le travail suivant est une étude et analyse des recherches menées par Rodney Stark sur les comportements dévotionnels. Il consiste en deux parties dont la première est un résumé et une analyse des trois articles étudiés l’un après l’autre, qui me servent en suite comme grille de lecture du sujet de recherche que j'ai l'intention d'entreprendre en Master 2, et dont une ébauche est formulée en deuxième partie d’étude. M’inspirant de la méthodologie du sociologue, je compte étudier « Le Coût du Salut en Occident, à l’époque moderne ».

Rodney Stark est un sociologue qui s’intéresse aux modes de pensée religieuses et aux comportements dévotionnels. Son travail est essentiellement axé sur des exemples de la société américaine. Sa méthodologie est des plus originales, puisqu’il lit les comportements sociaux au travers d’un spectre économique. Son œuvre présente donc une étape incontournable de mon projet de recherche qui consiste lui aussi en une application de l'outil économique, mais aussi mathématique à l'étude des comportements et des croyances religieuses. Les textes sur lesquels porte ce travail sont :
- Towards a Theory of Religion: Religious Commitment
- Religious Choice and Competition
- The « New Denominationalism »
Les trois articles en question ont tous un thème différent de la sociologie religieuse – mais sont tous inscrits dans une même optique d'élaboration d'un système rationnel du choix des hommes évoluant sur un marché de phénomènes socio-religieux. Ils constituent un merveilleux aperçu et un excellent condensé de son œuvre. Son travail est remarquable aussi bien pour ses conclusions que pour sa méthodologie.



PARTIE I


I – Une théorie de la religion

A – Un système rationnel expliquant la dévotion religieuse.

« Towards a Theory of Religion » est un article dans lequel l’auteur propose habilement un système logique et rationnel permettant d'expliquer les comportements humains. Plus général que les systèmes construits par les économistes, celui-ci est constitué dans le but d'analyser les échanges d'ordre religieux. Profitant des dernières recherches en anthropologie, micro-économie et psychologie - ce système innovant est construit autour d’une ossature de 7 axiomes auxquelles sont attachées des définitions qui structurent le cadre qu’il défini pour son étude, le rattachant ainsi au monde pratique et réel. De ceci sont déduites des propositions régulant ce système, et qui permettent d’orienter son travail vers trois questions : il s’agit de comprendre
- pourquoi les religions existent
- comment elles sont survenues
- et comment les mouvements religieux sont transformés.

Sur le modèle employé par les économistes, l'auteur décrit un système religieux comme un marché sur lequel circulent les sentiments de dévotion et leurs produits dérivés. Autour d'axiomes génériques qui décrivent le comportement et la nature de l'homme, les propositions qui en sont déduites par STARK sont les lois qui régulent les échanges sur ce marché. Il s'agit d'un cadre d'analyse économique du religieux.
Si ce système théorisé ainsi constitué est exact, alors la déduction de ces propositions répondant aux trois questions que se pose l’auteur permettrait de constituer un cadre expérimentable cohérent dans lequel pourraient être analysés les états d’un phénomène religieux au cours du temps. C’est le cas par exemple lors d'une expérience in-vitro. Ainsi, basé sur l’hypothèse que l’homme est un organisme rationnel optimisant sa condition de vie, il serait possible d’observer l’évolution et proposer des explications à ces choix religieux, aussi bien en remontant jusqu’à leurs origines qu’en les projetant dans l’avenir.


B – la nature économique de l'étude: un « cadre d'analyse économique du religieux »

Les axiomes sont des hypothèses que l’auteur pose comme étant véridiques, et sur lesquelles il s’appuie pour construire son système. Ces axiomes sont très similaires à ceux utilisées dans l’étude théorique du choix micro-économique rationnel d'un individu. Le vocabulaire d’ailleurs employé pour les énoncer est délibérément de l’ordre des sciences économiques. L’élaboration de cette dimension économique des interactions religieuses au saint de la société - fer de lance des études de Rodney STARK - ne peut être entreprise sans la constitution d’un cadre d’analyse. C’est sur ce support que s’observent les échangent de biens dévotionnels ; sur un marché des sentiments sociaux et religieux régi par des lois. Ce sont ces lois qui régulent le marché des dévotions religieuses. La théorie que propose l’auteur est donc une théorie au sens économique, un cadre d'analyse construit et employé pour une marchandise – c'est à dire un objet qui circule - mais qui a la particularité d’être transcendante.

Stark défini la nature et les caractéristiques des marchandises en circulation sur ce marché. Il y expose également le comportement de l'agent consommateur à son égard. Les termes employés pour décrire les variables à la fois endogènes et exogènes qui interviennent dans son système sont tous inspirés du vocabulaire des sciences économiques, ou bien y sont assimilables. Ainsi, un individu sur ce marché est muni d'un capital initial que l'auteur – curieusement – ne distingue pas. Compte tenu de la nature du système appliqué au champ religieux, on peut imaginer que ce capital est composé d'éléments de dévotion dont les ressources sont illimités: en quantité -dans la limite de la vie d'un individu-, mais pas en qualité. C’est le fidèle qui serait lui même producteur de cette dévotion.. Ce capital - réinjecté dans le système de STARK - servirait à effectuer des échanges sur un marché constitué de « récompenses » et de « coûts » : deux éléments qui sont complémentaires et s'équilibrent sur le marché où les échanges s'effectuent donc à somme nulle. La consommation d'une « récompense » contribue au bien être de l'agent. Les « récompenses » varient en nature, en genre, et en valeur. Dans certains cas, cette consommation constitue en soit l'atteinte d'un état de bien être absolue qu’on pourrait définir par le terme de « Salut » sans limiter ce terme au cadre strictement religieux. Chaque « récompense » et chaque « coût » a une « valeur », et il est considéré que l'annulation d'un coût équivaut à l'obtention d'une forme de « récompense », et vice versa. Le consommateur est un agent en quête de l'acquisition de « récompenses » et doit pour cela faire recours à une technologie; un investissement préalable dans un capital fixe nécessaire pour permettre de travailler à l'obtention de cette « récompense ». Cette technologie est appelée « explication ». La liquidité des « récompenses » sur le marché est facilitée et assurée par la mise en circulation de « compensations ». Il s'agit de billets de change dont la valeur repose sur la confiance des créanciers pour les institutions émettrices. Ces marchandises et ces créances circulent en faisant tendre le marché vers un équilibre optimal. Ceci suppose que les « valeurs » des produits, mais aussi des créances, varient d'un individu à l'autre en fonction de leurs préférences ou de leurs sensibilités. Les valeurs attribués aux produits par les agents varient en fonction de l'état du marché et de l'état d'esprit individuel. Comme tout cours de marché spéculatif, celui des dévotions est donc auto-réalisateur.

Il semble incontestable que Stark s'appuie avant tout sur les méthodes de modélisation économiques. Il est donc nécessaire de remarquer que ce modèle peut être soumis aux mêmes critiques que tout autre système économique, et il est particulièrement important de replacer l'auteur dans un courant de pensée afin de pouvoir proposer des alternatives théoriques. D’un point de vue strictement théorique, Stark semble avoir une approche qui s’attache essentiellement aux conditions de la croissance d’une économie marchande et capitaliste de ces « récompenses » salutaires ; elle est dynamique et globale: il s'agit pour lui de comprendre les lois de l'accumulation et de l'échange du point de vue d’une société toute entière, structurée en groupes d’individus aux intérêts pouvant être conflictuels (par exemple en raison d’insuffisance en « explications », en raison d’un manque de liquidité des « compensations » ou en raison d’une crise de la religion), mais dont les fonctions assurent l'enrichissement général et global des communautés. Cette approche est la définition exacte de la théorie économique classique héritée d’Adam Smith, à ceci prêt qu’elle est rapportée à une économie du Salut. La théorie classique est essentiellement contestée par l’école néoclassique qui aurait à répondre au système d’acquisition du Salut tel qu’il est défini par Stark. Ces dernier n’adhèrent pas à l’approche dynamique et globale: ils abordent le problème économique à partir d'une représentation de la société qui privilégie les individus qui la composent; la question centrale est alors celle de la compatibilité des choix individuels face à la rareté. Rapporté au sujet traité, il faudrait envisager de croire que la valeur du Salut n’est pas la même pour tous. Il s'agit pour les néoclassiques de montrer comment le marché résout ce problème en apportant à chacun le maximum de satisfaction possible; et d'inscrire l'efficacité marchande dans une vision plus individualiste de l'ordre social. Rodney Stark s’inscrit donc dans un courant de pensée économique qui peut être remis en question!

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II – La concurrence


A – Choix religieux et concurrence religieuse.

Comme tout marché, celui de la religion est soumis aux lois de la concurrence. Ceci présuppose l'existence de plusieurs religions sur le marché qui proposent des produits comparables. Elles sont animées par des agents, en s'adaptant pour répondre à leurs comportements caractéristiques de consommation tels qu'ils sont mis en évidence dans le cadre d'analyse décrit précédemment. Les lois qui régissent ce système sont donc toujours celles de la dévotion, correspondant à la circulation sur ce marché de biens de consommation particuliers d’ordre spirituel.

Encore une fois, l'auteur se rapporte au secteur économique. Une loi fondamentale de la concurrence lui permet d'exposer son propos: « toutes autres choses égales par ailleurs, la concurrence résulte en des entreprises plus dynamiques et plus efficaces ». Ramené au secteur religieux, cela lui permet de postuler que « dès lors que 'l'économie du religieux' est libérale et ouvert à la concurrence, le niveau global de dévotion religieuse sera plus élevé ». La libéralisation du secteur est donc présenté comme un point bénéfique pour les consommateurs qui sont également les producteurs de dévotion religieuse. Le système tel quel est ainsi conçu afin d’encourager l’augmentation de la production de dévotion.

L'élaboration de cette théorie de la concurrence ne prend sens que s'il est inclus dans le cadre d'analyse économique du religieux'. A partir de ces théories, Stark formule cinq hypothèses permettant de mieux comprendre la façon dont est forgé l'environnement dans lequel les agents sont amenés à effectuer leurs choix de consommation:
- La dévotion religieuse globale est plus élevée là où le pluralisme religieux est plus prononcé, et où la régulation étatique de la religion est plus modérée. Ici, il est estimé que la libre concurrence des religions peut accroître la consommation et donc la production de bien est accrue par la demande croissante. La production est générée par la demande.
- La dévotion des groupes religieux est plus dynamique et plus forte lorsque la position du marché exploité est plus marginale.
- Dans certaines circonstances, les conflits peuvent être un substitut à la concurrence pour générer de hauts niveaux de dévotion religieuse.
- L'individualisme étant contre-productif, il existe un niveau de pluralité à partir duquel le pluralisme religieux n'est plus générateur de concurrence ni de dévotion religieuse.
- Il n'est question de diversité religieuse que si la pluralité est effective dans un même environnement de vie, au sain duquel chaque individu peut potentiellement effectuer son choix de consommation parmi plusieurs concurrents.
Afin d’en faire des postulats, chacune de ces hypothèse est confrontée à d’autres travaux plus classiques et qui ne font pas appel aux mêmes méthodes de lecture économique. Le constat de l’alignement des résultats de Rodney Stark avec ceux de ses collègues sociologues justifie la vraisemblance de son système concurrentiel. Cela permet donc à l'auteur de soumettre la cohérence d'une 'économie concurrentielle de la religion'.


B – Perspectives d'élaboration d'une théorie micro économique de la religion

L'existence d'une part de cette concurrence parmi les religions et d'autre part de leur effet sur la production et la consommation de « biens de Salut » ou de « récompenses » – toutes deux effectives - nécessite d'avancer certaines hypothèses de comportement du marché concurrentiel religieux, par analogie à ce qui serait envisageable sur un marché économique soumis également à un libéralisme d’échange. La compétitivité peut favoriser:
- la qualité de la production
- l'efficacité des moyens de production
- l'augmentation des quantités produites
- l'innovation et la diversité des biens de production.
Ainsi, le consommateur de religieux se trouverait sur un véritable marché duquel il peut s'attendre à l'élaboration d'un système de communication conçu pour l'attirer comme clientèle. En tant que consommateur sur un tel marché, il s'attend à mieux être satisfait de son investissement: « To the degree that religious economies are unregulated and competitive, overall levels of religious commitment will be higher. ». Le consommateur investirait donc plus là où il a plus d'assurance d'obtenir ce qu'il recherche, d'autant plus que la concurrence permet d'en abaisser les coûts.

Les phénomènes économiques fonctionnent par mécanismes. Chaque élément du système est sensible aux variations des autres. Ainsi, l'amélioration de la production résultant de la concurrence a aussi un effet sur la consommation. Ces lois de la concurrence sur la marché de la religion sont donc elles aussi constitutives du cadre théorique dans lequel les agents sont amenés à effectuer leurs choix de consommation. C’est ce qu’on peut appeler « les mécanismes du marché de la religion »: compte tenu de ses moyens initiaux et de l'état des « marchés dévotionnels », chaque individu est libre de choisir la manière dont il souhaite investir son capital dévotionnel. De la même manière, si une religion obtient un monopole de production résultant d'une innovation – comme par exemple une explication plus efficace -, alors elle est susceptible de voir augmenter sa clientèle si ce produit est attractif, et tant que le monopole est maintenu.

A ce stade de l'étude, deux éléments sont constitutifs du cadre dans lequel l'individu est amené à effectuer ses choix de consommation. Il y d’une part un cadre d'analyse qui défini la nature des biens de consommation et le comportement des agents à leur égard, et d’autre part un tableau explicatif des mécanismes de la concurrence qui cherchent à répondre à la demande de consommation de ces agents. Tout ceci structure le cadre environnemental de l'agent consommateur.
Il serait dès lors envisageable de considérer l'évolution dans ce cadre d'un agent homo-économicus redéfini en « homo-religiosus » en quête absolu de Salut éternel dans la religion. Ce dernier serait confronté au marché des religions. Il serait alors possible d'imaginer l'élaboration d'une théorie micro-économique des comportements de consommation de cet agent, compte tenu d'un état défini du marché. Les préférences d'un tel individu seraient alors des données négligeables car prévisibles dans un calcul où chaque individu est considéré comme étant capable de reconnaître le meilleur investissement à faire en vu d'obtenir son Salut. Il est en effet considéré comme étant capable de prendre tous les paramètres de décision nécessaires en considération. De la même manière, un raisonnement économique inverse est alors envisageable: En supposant que le comportement moyen d'un consommateur est analogue ou proche d'un homo-religiosus parfait, il serait possible de décrire l'état du paysage religieux d'un espace géographique défini. Cela permettrait la tâche complexe et délicate de formuler des agrégats délimitant des groupes de population en fonction de leurs sensibilités religieuses - et ce de façon transcendante à toute déclaration formelle d'appartenance religieuse. Il devient alors possible de mesurer par exemple l'écart de cohérence entre l'investissement en « explications », et leur efficacité en terme de production de « récompenses ». C'est justement l'étude à laquelle se confronte Rodney Stark dans son enquête statistique de « The New Denominationalism ».

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III – L’usage de statistiques : création de sources de données.


A – Application d'une théorie micro économique de la religion

« The New Denominationalism » est une étude statistique qui fait suite à un constat des paroisses américaines : l’Amérique aurait vécu une renaissance religieuse de l’après guerre jusqu’aux environs de 1960. Ils observent en effet une augmentation des fréquentations des églises de toutes sortes. Les premiers aimeraient à croire qu’il s’agit en effet d’un regain de terrain de la religion : un resurgissement de la piété et des valeurs spirituelles . D’autres suspectent que si les croyants semblent augmenter en quantité, ceci serait aussi et essentiellement accompagné de changements qualitatifs de nature séculière. Ces critiques stipulent que les américains auraient perdu la notion de certaines distinctions confessionnelles majeures de la Chrétienté, et que les églises ne seraient fréquentées que dans un pure intérêt de développement des relations sociales. Rodney Stark mène donc une enquête afin de déterminer les raisons profondes de ce bouleversement comportemental, et afin d’attenter de reclasser les individus en nouveaux groupes. Ils seraient définis cette fois en fonction du degré de concordance de leurs croyances avec le choix de leur confession. Il établit sa problématique d’étude autour de trois questions directrices :
- S’avère-t-il exact que les congrégations d’Amérique sont de moins en moins traditionnels dans leurs positions théologiques ?
- Si de telles transformations sont indiquées, sont-elles survenues de manière égale dans chaque confession ?
- Si la sécularisation a pris place dans l’idéologie religieuse des paroissiens d’Amérique, que peuvent annoncer ces changements pour l’avenir de l’œcuménisme ?

Pour mener cette étude, il organise un sondage de prêt de cinq cent questions sur un échantillon de population provenant de quatre Etats de la côte Ouest des Etats-Unis. Les individus qui le composent sont sélectionnés au hasard de façon à obtenir une représentativité significative et proportionnelle de chaque congrégation présente en ces lieux. Son analyse statistique consiste à récupérer leurs réponses dans une grille de choix sur des questions portant sur les thèmes suivants :
- la croyance en l’existence de Dieu
- la croyance en la divinité de Jésus Christ
- la croyance du caractère salvateur de Jésus Christ
- la croyance en la virginité de Marie
- la croyance aux miracles
- la croyance en la vie après la mort
- la croyance en l’existence du diable.
Ces questions sont celles qui marquent les principaux points de discorde théologique – et donc de distinction - entre les différentes confessions sondées. Ce sont donc aussi les lignes de croyance directrices qui devraient précisément définir le choix d’appartenance des individus à leur congrégation et non pas une autre. Posées séparément, les réponses à ces questions ont pu donner lieu à une apparence d’incohérence de choix confessionnel chez les membres de certaines congrégations. Il est alors nécessaire de reclasser les ensembles religieux prédéfinis théologiquement, en fonction cette fois du degré de cohérence religieuse de leurs membres plutôt que par leur simple dénomination. En effet : plus les membres d’une confession sont cohérents avec leur choix de religion, plus l’investissement de ses membres en cette « explication » leur est rentable du fait de la supériorité de leur efficacité technologique individuelle à produire des « récompenses ». (Dans ce cas, « l’explication » parfaite correspondrait donc à l’intégralité du dogme d’une confession telle qu’il est défini théoriquement. Il inclut donc entre autre une position précise et établie à propos des différents points théologiques du questionnaire soumis à l’échantillon de population étudié. Les individus cohérents qui choisissent un dogme estiment que ce dernier est capable de leur procurer une production efficace de « récompenses » lorsqu’il est respecté à la lettre. En termes distincts de tout système économique : il est considéré comme une condition nécessaire de croire en un dogme établi afin qu’une adhésion à la religion qui s’y attache soit pleinement efficace dans une quête de Salut, lorsque cette dernière est envisagée par la salvation de son âme.) Or un individu pieux en quête de Salut par la religion fait son choix de congrégation exclusivement en fonction de sa sensibilité religieuse et de l’état du marché religieux au moment de sa décision. En toute cohérence, il s’oriente par conséquent nécessairement vers la confession la plus apte à lui procurer ce qu’il vient y chercher. Un nouveau classement établi en fonction des réponses à ce questionnaire statistique permettrait donc de distinguer les confessions dont les membres sont les mieux capables à faire produire du bien de Salut efficacement. L’étude de Stark permet ainsi de localiser dans quelles congrégations se retrouvent le plus d’individus munis exclusivement des pieuses caractéristiques de tels individus. Par extension, cela permettrait donc finalement de reclasser les groupes confessionnels en fonction cette fois de la proportion de leur croissance en effectif due exclusivement à l’adhésion d’individus motivés par une révélation à la foi.


B – conclusions de l'auteur sur l'état actuel des formes de dévotion et de religion aux USA.

L’analyse statistique permet donc une étude transversale des réelles croyances des membres des congrégations suivantes :Congegational, Methodist, Protestant Episcopal, Disciples of Christ (The Christian Church), Presbyterian, American Lutheran, American Baptist, Lutheran-Missouri Synod, Southern Baptists, Sects.

La lecture que fait Rodney Stark de son travail de reclassement lui permet d’exposer les raisons pour lesquelles il pense que d’importants changements ont effectivement eu lieu au sein de certaines congrégations américaines. Beaucoup semblent avoir été affectés par phénomènes de sécularisation. En revanche, des groupes tels que les Southern Baptists et les sectes semblent avoir fondamentalement maintenu leur foi en la théologie chrétienne traditionnelle à l’écart de toute épreuve. Il est plus généralement admis que les différences doctrinales et d’organisation rituels théoriques d’origine qui ont forgé l’histoire du christianisme ne sont plus d’actualité, et ont largement perdu leurs capacité de distinction confessionnelle dans le paysage religieux américain contemporain. Les résultats de l’étude semblent même indiquer l’émergence de nouveaux critères de différenciation qui ne portent par exemple pas sur la nature du pain et du vin comme c’était fortement le cas à l’époque moderne, mais plutôt sur la nature humaine ou pas de Jésus.
De nouvelles tentatives de discussion autour du rêve œcuménique s’ouvrent à des groupes religieux fondamentalement opposés. Cela met en évidence une recherche de flexibilité théologique. Mais il est plausible que cette dernière soit également accompagnée d’une perte d’intérêt pour la théologie en elle même. Ces groupes peut-être ne perçoivent pas les barrières théologiques comme étant des obstacles significatifs à une éventuelle unité religieuse, mais ce n’est certainement pas le cas des corps conservateurs. Malgré tout, les premiers persistent à encourager les seconds à prendre part dans la discussion.
Il peut également être intéressant de remarquer que c’est au sein des corps les plus distants de principes œcuméniques qu’il y a le plus grand consensus en matière de croyances religieuses. C’est le cas par exemple des sectes et des Southern Baptists En revanche, dans les corps les plus concernés par l’œcuménisme comme les Congregationalists et les Episcopalians, les membres semblent avoir des opinions en termes de théologie semblent être bien plus dispersées. Trois facteurs peuvent expliquer leur cohésion malgré l’absence d’une solide structure théologique. Premièrement, les membres des corps les plus libéraux accordent clairement moins d’intérêt à la religion que ne le font les groupes les plus conservateurs, restreignant ainsi les conflits théologiques. Deuxièmement, les individus de ces corps libéraux dont les croyances sont les plus divergentes des traditions déclarent n’avoir pas ou peu de relations avec les autres membres de la congrégation. La communication y est donc restreinte aux groupes sociaux préexistants. Troisièmement, les sermons de ces derniers semblent porter davantage sur des sujets moraux et éthiques plutôt que doctrinaux. Alors l’absence de communication générale au sein de ces groupes n’alerte personne sur l’existence d’écarts en matière de croyance.

Cinq groupes différents peuvent ainsi être reconstitués à partir des résultats de cette enquête : les premiers sont les Libéraux, groupe qui comprend les Congregationalists, les Methodists et les Episcopalians. Ils sont caractérisés par une majorité de membres qui rejettent la rigueur de toutes croyances centrales de l’orthodoxie chrétienne. Le deuxième groupe, les Modérés, est composé des Disciples of Christ et des Presbyterians. Ils sont moins sécularisés que les Libéraux, mais le sont plus que les Conservateurs qui comprennent les American Lutherans et les American Baptists. Les Fondamentalistes incluent les Missouri Synod Lutherans, les Southern Baptists et les autres sectes. Finalement, les différences historiques qui distinguent les Roman Catholics du Protestantisme leur permet encore de former un groupe de part entière. Cette reformulation de cinq groupes théologique est le fruit de ce que les sciences statistiques peuvent sans doutes faire de mieux. Un projet œcuménique se heurterait certainement aux mêmes restrictions.

Parmi les quatre groupes de l’ensemble protestant, le classement représente finalement de façon croissante l’ordre dans lequel ces corps sont capables de procurer à leurs membres des « explications » efficaces à l’obtention de « récompenses ». Or on ne peut s’empêcher de remarquer que le groupe des libéraux est celui dont les membres sont majoritaires en nombre. Ces derniers ne sont évidemment pas dans l’erreur : le choix d’appartenance religieuse de ces individus ne dénote en aucun cas des chances plus réduites d’obtenir leur Salut. Il s’agit plutôt de comprendre que ces individus ne se rassemblent pas pour des raisons religieuses : ils choisissent l’adhésion à ces groupes pour toutes une panoplie d’autres valeurs que paraissent se développer plus facilement dans ces milieux plus séculiers. Ces derniers peuvent donc également postuler pour leur Salut, seulement il ne le recherchent sans doutes pas dans la religieux. Il peut malgré tout s’agir un Salut portant de valeurs toutes aussi nobles.



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PARTIE II


Etude du rapport méthodologique à mon étude.

L'auteur Rodney Stark se situe parfaitement dans la lignée de pensée théorique dans laquelle je souhaite inscrire mon étude. En complément à l’étude des textes, il me paraît nécessaire d’analyser brièvement la compatibilité de sa méthode avec mon propre sujet d’étude : « Le Coût du Salut en Occident, au début de l’époque moderne. »

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I – une économie de la religion.

A – Une théorie économique de la dévotion religieuse

Malgré la méthode critiquable exposée et appliquée par Rodney Stark, le sociologue démontre qu’il est néanmoins possible de rationaliser les choix de dévotion (quoi que cela n’explique pas le choix même d’avoir une dévotion pour quelque chose ou pour quelqu’un) et de théoriser l’environnement dans lequel il effectue ses choix.

Cette méthodologie permet une lecture économique de la religion. En dehors de l’assurance d’une cohérence de raisonnement, elle permet d’appliquer à la religion tout le savoir faire des sciences économiques. Les théories des échanges pourraient également être expérimentées sur des échanges dévotionnels.

Un atout majeur d'une telle étude entreprise au travers du spectre économique est de savoir mettre en évidence les corrélations et articulations existantes entre les différents éléments constitutifs du système. Aussi, il permet de dégager les variables qui ont un réel pouvoir d’influence sur les autres éléments constitutifs du système, peut être même peut on en mesurer l’importance. Certains mécanismes en deviendraient alors modélisables mathématiquement.


B – Arithmétique du SALUT

Une telle étude portant sur un « coût » du Salut implique l’existence ou la conscience d’une arithmétique de cumulation d’éléments qui a pour finalité – en somme peut être – de permettre l’acquisition du Salut éternel. Encore faut il alors se demander s’il peut exister un cumul défini d’éléments qui permettent en contre partie l’obtention du Salut éternel. C’est pourquoi il est important qu’il soit toujours question de « quête » du Salut. Quête éternellement poursuivie, simplement parce que l’homme est un être empli d’espoir.

Il est impossible de prétendre étudier un model d’acquisition du Salut sans mentionner le travail de Max Weber. Mais si ce dernier formule la distinction de différents types de Saluts et divers moyens de les accomplir, il approche - sans véritablement y entrer - la densité de la dimension fondamentalement économique du sujet. Le Salut est clairement une finalité que Weber explique comment obtenir par l’acquisition de « Biens de Salut ». Si ces « biens » sont consubstantiels au Salut en lui même, alors il n’a pas vu tous les mécanismes de conversions et de transaction qui existent en amont de leur obtention, surtout à l’époque moderne. De cette manière, chaque élément de la vie peut être perçu comme un pas de plus vers le Salut. Dans une époque de religion, c’est envers cette dernière que peuvent alors être comprise l’orientation de tous faits et gestes.

Ainsi doivent être établie deux hypothèse afin de rendre envisageable la poursuite d’un tel travail d’étude :
- Tout être humain est en quête d'un bien unique, précisé et défini par le dogme de sa religion: le Salut éternel.
- La nature capitaliste de l'homme a pour conséquence de le faire percevoir la totalité de son environnement, des faits, de ses actes et gestes comme constitutifs d'un capital appelé « bien de dévotion » : monnaie d’échange première sur un vaste marché du Salut, complexe par sa dimension économique à proprement parler

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II – Application dans la quatrième dimension.

A – Validité des théories à l'époque moderne.

L’historien Denis Crouzet illustre en une seule phrase l’ambiance mais surtout la complexité du début de l’époque moderne en occident : « le XVIème siècle est avant tout un siècle de la religion. ». Comment donc s’y organise-t-on pour espérer obtenir son Salut ?

L’intérêt de mener une telle étude à l’époque moderne en occident est d’en observer les tenants et les aboutissants dans un contexte religieux très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Il y a cinq siècles, l’Europe était emplie de religion, et le monde se comprenait différemment. Alors que la technologie d’acquisition du Salut semblait définie et monopolisée par une puissante institution religieuse, ma problématique pourrait être de comprendre comment a varié le coût du Salut – et comment cette variation a été vécue - à partir du moment où en 1517, Martin Luther affiche ses thèses sur le portique de l’église de Wittenberg. Survient alors le processus mécanique de la concurrence. Il reste à savoir si le mécanisme fonctionne de la même façon à l’époque moderne. Il s’agirait de l’étude du premier phénomène d’économie religieuse de marché depuis le monopole chrétien.

Le report du modèle d’étude de Stark à l’époque moderne fait surgir au moins un problème anachronique majeur. Lorsque Rodney Stark étudie les religions d’Amérique, il hérite déjà des théories économiques post industrielles. Il s’agit donc d’un mode de pensé théoriquement applicable à tout processus d’échange survenant exclusivement après les évènements qui ont inspirés leur formulation. En histoire économique par exemple, il est insensé d’appliquer des théories à des phénomènes survenus avant leur définition. Or à l’époque où je souhaite inscrire mon étude, seule la théorie mercantile de Jean Bodin est employée…


B – Le problème des sources.

Les écrits de Jean Bodin sur les causes de l’augmentation des prix montrent certes un certain stade d’évolution de l’état de conscience économique de l’époque, mais ils ne permettent que des manœuvres très restreintes. Est-ce entre autre un corpus économique et religieux suffisent pour mettre en évidence la conscience d’une économie du Salut ? Quelles sources peuvent donc être utilisées pour mener une telle étude ?

On pourrait d’une part envisager que toutes sources de toutes sortes pourraient potentiellement être utilisables dès lors où l’on considère l’hypothèse stipulant que « tout fait, acte et geste n’est accompli que dans le but de constituer un capital convertissable en bien de dévotion ». Certaines méthodes actuelles d’analyse telles que la lexicométrie ou l’économétrie permettraient peut être de les convertir en sources exploitables pour ce sujet. Mais je pense que ces derniers ne serviraient qu’à illustrer certains propos. L’essentiel du travail étant avant tout de constituer un système d’observation évolutif du coût du Salut, les sources à employer doivent en priorité être de deux types : des sources primaires qui à l’époque étudiée définissent comment se mettre en quête de son Salut , et des sources secondaires qui illustrent des modes de pensée mathématiques de la religion. Les suivantes m’ont été généreusement conseillés par mon directeur d’étude Monsieur Pierre-Antoine FABRE.

Les sources primaires ne devraient pas être difficiles à trouver. Elles concerneraient des thèmes comme l’importance de la confession ou encore de la méditation spirituelle. Elles permettraient de constituer des sources perspectives soulevant des problématiques sur la nature de ce qui doit être demandé à la religion. On y trouverait également des informations sur la définition d’un parcours religieux plus individuel. J’envisage ainsi de parcourir quelques séries de manuels de confession. Adriano Prosperi par exemple a fait l’étude de l’une d’entre elles dans « Tribunaux de la conscience ».
Les sources secondaires viseraient plutôt à repérer comment certains érudits spirituels de l’époque moderne ont pu penser la religion et la théologie en terme mathématique ou analytique. L’étude par exemple de Kolakowski sur Benoit de Canfield dans « Chrétiens sans Eglises » est une tentative de percevoir comment on a pu penser le rapport de la relation théologique à l’absolu. Daniel Vidal, un autre auteur, en a étudié son approche de la mesure de l’immensité, étude qui a combiné les mathématiques et la théologie.

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III - Mathématisation de la quête du Salut à l'époque moderne.

A – la comptabilité en religion

Le mode d’approche du sujet nécessite également de sonder les possibilités d’une étude économique du Salut. Peut on y employer tous les outils utilisés en d’autres circonstances économiques ?

Les principales méthodes à interroger sont sans doutes celles d’ordre quantitatives. Jacques Chiffoleau, dans sa « Comptabilité de l’au-delà », fait usage de la science du dénombrement transactionnel pour mener son étude sur Avignon au temps des Papes. Appliquée au sens propre, la méthode peut également se révéler être utile pour l’étude de certains documents spécifiques tels que les testaments – déjà pourtant mille fois travaillés. Ils ne sont jamais à l’abri d’une nouvelle lecture, et il me fut intéressant de constater à quel point ces enregistrements de capital matériel ressemblent à des relevés de compte. Analysés comme tels, ils peuvent peut être révéler la part investie à la mort du propriétaire dans son Salut ; par donation à un monastère par exemple.

Comme tout relevé de compte, son analyse permettrait de déterminer des sources de dépenses et d’investissement. Mieux encore : il serait possible de les chiffrer.


B – Le Salut a-t-il une valeur chiffrée?

S’il est effectivement possible de chiffrer un investissement post mortem, il faut encore s’interroger sur la possibilité et surtout sur la moralité à chiffrer le Salut d’un individu.

Si un tel calcul était possible, alors il serait intéressant de chercher à constituer des agrégats. Par différentes combinaisons, cela permettrait alors de soulever une grande question métaphysique : savoir si le Salut des Hommes avait une valeur différente en fonction des classes sociales ou des régions. Une lumière importante serait alors projetée sur l’interprétation des modes de vie de ces différentes catégorisations de la population.

Par un travail de projection, ce travail pourrait être reproduit sur des données actuelles, soulevant alors des problèmes aussi bien éthiques que morales. Sommes-nous en droit d’évaluer la valeur chiffrée d’une vie humaine ? …

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Conclusion

L’étude de Rodney Stark constitue incontestablement un modèle d’analyse pour mon travail portant sur le « Coût du Salut ». Le système n’a besoin que d’être manipulé et complété pour tirer les conclusions d’une telle problématique d’étude. Cependant, la difficulté majeure de l’entreprise reste de retranscrire ce modèle à une époque si différente, où les sources ne sont pas interrogeables de la même manière.