dimanche 7 mars 2010

Marcel Mauss: La Prière en tant que phénomène social




Marcel MAUSS :
La prière en tant que phénomène social.




Le travail suivant consiste en une étude d’un essai de Marcel Mauss sur la prière en tant que phénomène social. Le sujet est traité au travers du spectre de la sociologie. Mêlé à un résumé critique de son travail, je vais tenter de suggérer des approfondissements de thématiques abordées par l’auteur, en m’appuyant sur le sujet d’étude que je cherche à développer.

Marcel Mauss est un sociologue Français né à Epinal en 1872, et décédé à Paris 1950. Neveu d’Emile Durkheim, il est aussi considéré comme étant un des piliers fondateur de l’ethnologie et de l’anthropologie. Son parcours professionnel commence par une agrégation de philosophie en 1895. Il se tourne vite ensuite vers la sociologie religieuse et étudie à L'Ecole pratique des hautes études où il devient, 5 ans plus tard, responsable de l'enseignement de «l'histoire des religions des peuples non civilisés ». L’extrait de son œuvre étudié ici est intitulé « La prière comme phénomène social », il s’agit d’une partie de son travail dédié à la prière et aux rites oraux. Cette partie m’intéresse tout particulièrement du fait de son intérêt pour le sujet d’étude que je souhaite aborder pour un travail de mémoire, puis de thèse.

J’ai définis mon sujet comme suit : « le Coût du Salut en Occident, au début de l’époque moderne ». Le sujet est éminemment historique et religieux, mais implique une nette part de sociologie de la religion, du fait de sa dimension. Cette étude consiste entre autre en la définition et une analyse d’un marché religieux, sur lequel les individus croyants évoluent par l’échange de « biens de dévotion ». Ces derniers sont placés sur un marché régulé par un système sociale faisant intervenir tous les acteurs intéressés par confrontation, comme sur tout marché économique. Ces biens sont échangés et investis en des technologies dans le but unilatéral d’obtenir un bien de nature unique sur ce marché que je postule comme étant absolument désiré par tous les agents économiques de l’époque : le Salut Eternel. Mon étude consiste donc à étudier comment les individus se comportent sur ce marché bien particulier, en fonction du coût de ce Salut. Par extension, cela doit me permettre de comprendre comment ces agents pouvaient organiser leurs vies en conséquence de leur nécessité d’évoluer sur ce marché. Cet extrait de Marcel Mauss m’intéresse dans la mesure où elle introduit la prière sujet d’étude sociale, et non pas individuelle. Bien qu’elle soit produite et accumulée pour un bien être individuel, elle intervient comme élément d’échange et d’interaction spirituelle sur une société toute entière qu’elle contribue à unir par les rapports sociaux qu’elle établie. Cette étude présente la prière sous des caractéristiques qui sont très similaires à celles imputées à la monnaie sur un marché économique financier. Rapporté à mon étude, la prière telle que la définie Mauss correspond aux biens dévotionnels ; capital de base que produisent les agents économiques, et dont ils sont munis pour procéder aux différents investissements nécessaires en vu de l’obtention de leur Salut Eternel. Cette étude doit donc me permettre d’étendre ma conception de cette valeur qu’est la prière, et d’en comprendre les caractéristiques sociabilisantes.

Cette étude est donc menée en deux parties. La première est un résumé des propos tenus par l’auteur dans son ouvrage. Le plan y est défini en trois parties dont la première est une énonciation des raisons pour lesquelles la prière peut être posée en tant que sujet d’étude social. La deuxième partie est consacrée aux rapports sociaux de masse qui sont établis par la prière, pour finalement ouvrir le sujet sur la manière dont la prière des hommes permet la cohésion d’un ensemble social en tant que valeur circulante.

La deuxième partie de ce travail est un report des propos de Mauss sur ma thématique d’étude. Ainsi, je divise en trois parties les conclusion que je tire de cette analyse. La première est un listage des caractéristiques fédératrices de la prière en tant que monnaie. La deuxième partie est une tentative d’expliquer la façon dont cette monnaie circule sur le marché. Et finalement, la troisième partie est consacrée à la façon dont la prière peut être employée et ainsi produire de la valeur.


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PARTIE I


I – La prière comme la religion sont des sujets d’étude social.


Pour les théoriciens, la prière est essentiellement un phénomène individuel. C’est la raison pour laquelle, selon l’auteur, ces derniers ne sont jamais sortis des généralités quand il a s’agit d’en soumettre le phénomène à l’étude. Marcel Mauss en suggère une autre approche.


A – La prière comme condensé de religieux.


Une prière est un condensé de dogmatisme et de liturgie : elle rassemble un ensemble de paroles qui ont un sens attribué en occident par l’institution de l’église, corps représentatif d‘une religion. Dans son contenu même, elle implique tout un ensemble de traditions, de valeurs conceptuelles qui donnent un sens particulier à la situation dans laquelle la prière est prononcée. Ainsi, elle définie un état des choses et des rapports sociaux entre les individus impliqués dans la prononciation de cette prière.

Sa vertu n’est pas consubstantielle à la prière. Elle émane à la fois d’un corps social, comme la religion - qui en permet la fonctionnalité sociale - et d’un passé ou une tradition qui crédibilise la position de ce corps social vis à vis de cette prière. Une prière n’est pas seulement l’effusion d’une âme, c’est un fragment d’une religion qui s’expose. Elle est donc à distinguer d’un sentiment exclusivement personnel, et à étudier en tant que phénomène social.

C’est le produit de l’effort accumulé des hommes et des générations. Les religions ne se fondent pas en un jour, mais d’une perpétuelle évolution à laquelle de nombreux homme set femmes ont participé. Elles font introduire des mœurs, des coutumes et des traditions, formant un dogme sur lequel sont fondés toutes les croyances d’un religion comme la validité d’une prière.


B – Les rapports établis par une prière.


Une prière a la capacité de réunir des éléments et des individus disparates en une parole, et de les mettre verbalement en rapport entre eux afin d’espérer un résultat effectif. Celui qui procède à un tel rituel cherche à agir sur le monde : ce rapport invoqué entre les éléments employés ont le pouvoir d’actualiser une situation aux yeux de celui ou de ceux qui procèdent à la prière. Un bénéfice est tiré de ce travail spirituel.

Une prière est certes prononcée par un individu. En cela, elle revêt un aspect individuel et personnel. Mais les choses qu’elle évoque pouvant chercher à avoir une conséquence personnelle, agissent sur le matériaux social.

La prière est donc également un phénomène social en cela que, la religion en tant qu’elle soit elle même sociale, est un système organique de notions et de pratiques collectives ayant trait aux êtres sacrés qu’elle reconnaît. Alors même que la prière individuelle est libre, même quand le fidèle choisit à son goût les termes et le moment, il n’y a rien d’autre en ce qu’il dit que des phrases consacrées, c’est à dire sociales.


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II – La prière et les masses.


A – La prière communicatrice.


Au travers de cette prière, ce sont en fait les valeurs et les idées d’une institution émettrice de ces prières qui sont véhiculées. C’est cette institution qui assure la crédibilité de la prière, et sa vertu est celle que lui attribue la communauté. En cela aussi, une prière n’est en aucun cas individuelle si on prend en compte le fait que cette prière - bien qu’elle fut prononcée par un individu - n’énonce en rien l’état de son âme tel qu’il le définirait lui même individuellement. La prière n’est pas personnalisée.

La religion ayant instaurée des lignes de conduite morale et d’éthique précises, les rapports au monde énoncés par ces prières ne font que situer l’individu sur un état déjà prédéfini et prévu par le dogme. La religion ne prévoit que ses pratiquants ne ressentent que certains états d’âmes auxquelles répondent des prières spécifiques. Ces derniers permettent à ceux qui se les approprient de s’aligner sur ces lignes – c’est à dire sur des variations de normes sociales fixées - mais telles qu’elles sont déjà définies par la religion seulement. Celui qui emploi la prière peut ainsi exprimer un état d’âme d’une telle manière standard codifiée, que l’observateur averti peut en comprendre la dimension. La prière est donc fonction communicatrice au sain d’un cercle religieux culturel, puisque les mêmes standards d’expression de l’état d’âme y sont employés par tous les membres

La prière est donc sociale non seulement par son contenu, mais aussi dans sa forme. Ces directives standards morales et éthiques sur lesquelles sont basées ces prières sont par ailleurs toutes regroupées sur des textes dogmatiques qui en assurent la légitimité de contenu. Certaines religions ont d’ailleurs un livre rassemblant tout le code en question.


B – Une capacité distinctive et identitaire.


Un autre élément chose qui montre que la religion est un phénomène social avant tout, est le contexte dans lequel ces prières sont employées. En général, la prière répond à un appel d’une masse de fidèles ou d’une autorité sacerdotale quand ce n’est pas par nécessité en situation exceptionnelle. Même lors d’une prière solitaire, on fait appel à la masse communautaire en question.

Il existe des religions où les prières n’ont de sens que si elles sont produites en communauté, voir même par une classe d’individus déterminée. La religion impute à certains la capacité de prier plus efficacement, pour un ensemble d’autres individus dans la nécessité de recevoir ces prières. Il arrive même que ces autres catégories réceptives des produits de la prière, soient eux, interdits de prier. Dans ce cas, celui qui prononce la prière n’est pas la même personne que celle qui en reçoit le bénéfice. Marcel Mauss donne l’exemple de l’Inde, dans laquelle la religion ne crédibilise qu’une classe supérieur de la société à prier pour les autres, les classes inférieures font horreur aux Dieux, et ne seraient pas écoutés !

Ces prières définissent donc aussi des cercles exclusifs de société : des castes, ou des peuples, pour lesquels la fonctionnalité de la prière dépend du pouvoir qu’y attribuent la communauté ou le pouvoir d’une culture ou d’un espace définit, et ce de façon exclusive. Ainsi, la prière d’une religion employée par un fidèle d’une autre confession n’est pas efficace.


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III – Une société et des Hommes.


A – Un rituel toujours inclus dans la vie d’une société.


Le dernier point qui tend à prouver le caractère collectif de la prière est le constat de l’existence de relations qui la lient à d’autres phénomènes collectifs : des phénomènes sociaux qui impliquent des relations définies et précis entre des individus tels que des mariages, des serrements juridiques, ou des confessions. Les formules des prières sont codifiées dans ce but, et la rattachent à un formalisme social. Les prières peuvent donc aussi servir de matière à comprendre ces relations sociales, en s’en servant comme outil d’étude.

Par extension à ces relations directes, certaines formes que prennent les prières peuvent revêtir des aspects encore plus globalisateurs, cherchant à affecter parfois l’ensemble d’une communauté par la nature de ce qu’elles visent à émuler. Ainsi, la prière a même des fonctions économiques. Les prières sont en effet souvent de véritables valeurs. Elles contribuent à faire la richesse des classes sacerdotales. De plus, il y a des civilisations entières où elles passent pour être des facteurs de la production. L’efficacité qu’on leur attribue est analogue à celle du travail ou des arts mécaniques.

La prière en tant que valeur, est fédératrice d’un système sur lequel les individus produisent des biens d’ordre dévotionnel. Convertissables en valeurs fiduciaires pour les classes sacerdotales, elles pourraient évoluer sur un marché avec toutes les caractéristiques de la monnaie. Dans quel cas, la prière est fédératrice en tant qu’élément régulateur d’un système social d’ordre économique.


B – La société est un agrégat d’individualités.


Il n’est pas non plus à exclure que les prières ne soient pas individuelles, seulement aucun code n’est prévu selon l’auteur pour encadrer, rendre significatifs ou même légitimer ces types de prières. Il en déduit d’ailleurs que cette absence de règles est peut être due à ce qu’on aurait jamais idée d’une prière individuelle !

Mais si on cherche ici à montrer que la prière est un phénomène social, il ne s’agit pas non plus de l’en priver de l’intégralité du caractère individuel que beaucoup lui reconnaissent malgré tout. L’individu prononce la prière : il est l’acteur dans une société par la mise en pratique d’un rituel qui s’inscrit dans un ensemble collectif. En cela, il tient un rôle particulier de producteur de valeurs dévotionnelles.

L’individu qui prie peut donc trouver une forme de légitimité en tant qu’acteur producteur et consommateur de cette valeur très particulière. Cette forme économique que peut prendre la prière, est évolutive sur ce cadre structuré autour de ce qui pourrait être considéré comme un marché d’échange dévotionnel : la société est un corps qui échange constamment des valeurs de toutes sortes, aussi bien fiduciaires que sentimentales. Ces individus sont unis au sain d’un même corps social qui reconnaît l’existence et la valeur de cette ressource circulante qu’est la prière.



PARTIE II


Cette deuxième partie est une étude qui vise à employer les perspectives offertes par l’étude de Marcel Mauss, afin d’approfondir ma conception de la prière dans le rôle socio-économique que je lui définie dans mon sujet d’étude. Le but en est de soulever les questions qui doivent être approfondies pour anticiper sur le travail de recherche que j’ai l’intention de réaliser par la suite.


I – La prière en tant que monnaie et ressource


A – La prière en tant que valeur sociale.


Marcel Mauss expose comment la prière, en tant qu’objet social, peut être définie comme une valeur. Cette dernière est produite par un travail dévotionnel : la prière est une action qui résulte en une action sur le monde. C’est donc la production d‘une créance sur le monde : dès lors où une prière est produite, le détenteur de sa valeur s’attends à pouvoir l’échanger sur un marché religieux, contre la réalisation d’une action sur le monde.

A l’époque moderne, le monde est conçu très différemment que celui qui a été soumis à l(étude de Marcel Mauss. La société est noyée dans une ambiance religieuse omniprésente. Dieu est l’explication de toutes les causes et de toutes les conséquences. C’est dans ce contexte que le dogme définit comme but ultime d’une vie humaine, l’obtention du Salut éternel. Dès lors où ce dernier est considéré comme étant le bien à acquérir en dernier instance, toutes les actions menées dans la vies peuvent avoir pour but de franchir les étapes vers l’acquisition de ce bien. Cela passerait par la production de la monnaie d’échange qui permettrait de l’obtenir : la prière compte parmi ces efforts à fournir. La pratique de la prière permet la production de biens définis comme « biens de Salut ». ce sont ces derniers qui, en tant que créances, circulent sur le marché dévotionnel, pour acquérir en dernier instance le Salut éternel.

Dans ce sens, la prière uni la société autour de ce but commun. Les individus qui reconnaissent la valeur de ce but et de la monnaie qui permet son acquisition, sont regroupés sur ce marché en tant qu’agents producteurs et détenteurs de ces valeurs par le biais d’un travail : la prière. Alors, la prière revêt l’entière dimension de la valeur sociale que lui impute Mauss.


B - les caractéristiques d’une monnaie d’échange


Afin que cette valeur puisse circuler : c’est à dire qu’elle soit définie comme étant une monnaie, il faut qu’elle revêt certaines caractéristiques financières. D’abord, elle doit être capable de servir de réserve de valeur. La prière est un élément qui produit une créance. Par équivalence, la prière en elle même représente cette valeur. Puisqu’il est de croyance que cette dernière peut être échangée contre des services ou une action divine sur soit ou la société, pour envisager une meilleur après vie ou pour épargner la colère de Dieu durant sa vie sur terre, alors la créance que représente la prière est bien une réserve de valeur.

D’autant plus que des pèlerinages permettent leur accumulation. Les indulgences et autres bonnes œuvres sont un cumule nécessaire au chrétien catholique pour évoluer sur ce marché, ce qui justifie la deuxième caractéristique nécessaire à un objet pour servir de monnaie : la prière sert également d’indice de valeur. La valeur chiffrée et monétaire d’une indulgence, ou la répétition chiffrée d’une prière permettent de définir précisément en fonction de la technologie de l’église, combien de jours sont gagnées au purgatoire. Réduite à néant, l’annulation de cette dette correspond à la compensation totale de tous les pêchés de l’individu, lui donnant accès directe au paradis.

Troisièmement, la monnaie doit être capable de circuler et permettre les échanges, c’est à dire qu’elle doit avoir la capacité de faire tourner l’économie, et de maintenir la cohésion entre les agents qui évoluent dessus. Or la prière est convertissable très facilement avec les valeurs fiduciaires : une prière et une bonne œuvre ont une valeur aussi bien chiffrée en dévotion qu’en monnaie métallique. La technologie d’acquisition du Salut telle qu’elle est définie par le dogme de l’église assure la liquidité de cette monnaie dévotionnelle. La prière est un des moyens stipulé comme pouvant mener vers le Salut Eternel : les moines sont d’ailleurs les spécialistes producteurs de biens par la prière. Elle est constamment accumulée comme bien social, en espérant acquérir le statut promu par la religion : celle de tous ces saints assis aux cotés de leur créateur au paradis. Ils savent donc tous que la liquidité de la monnaie est effective : il en relève de leur ferveur et de la solidité de leurs croyances. La troisième fonction de la monnaie repose donc sur la croyance de l’agent.


II – La mise en circulation sur la marché


A – reconnaissance du marché


Toute monnaie n’est utilisable que dans une zone économique définie. La prière est une valeur qui est employée dans tout le monde chrétien : elle n’est utilisée que parmi celles et ceux qui reconnaissent le pouvoir vertueux de la prière. Cela nécessite donc d’être croyant.

L’espace d’influence religieuse est le marché et le réseau social sur lequel la prière prend un sens, et sa valeur en définit la relation au marché et aux autres biens qui y circulent. Le rôle de la prière devient alors centrale : elle est l’effort qui est capable d’unir toute une société autour du même travail de production de créances dévotionnelles. La prière en prend une valeur identitaire.

B – une liquidité assurée par les institutions financières.

La liquidité d’une monnaie correspond à sa capacité de circuler sur un marché. Il faut qu’elle puisse être employée dans des échanges rapides, et avec une perte de valeur minimum. Or cette valeur est maintenir par la crédibilité de l’institution qui maintient ces créances en circulation. Si les individus croyants sont les producteurs et consommateurs finaux de leurs fruits, c’ets l’Eglise qui détient la technologie qui permet à ces créances d’êrte productives. Il en tient donc à l’Eglise d’être prometteuse.

La capacité de l’Eglise à maintenir ces valeurs dépend de la confiance qu’ont les utilisateurs en leur capacité à produire du bien de Salut. Comme tout marché économique, celui des dévotions est auto réalisateur. Si les croyants sont optimistes, alors le marché se porte bien, et leurs prières sont d’autant plus crédibles que beaucoup d’individus les pratiquent. Le marché est ainsi élargi, ce renforce la crédibilité de la valeur de la prière, comme le montre Marcel Mauss par d’autres moyens. En revanche, le pessimisme des agents peut entraîner une baisse de la confiance en l’institution technologique, et il nécessitera plus de prières et d’efforts pour l’acquisition des biens de Salut. Un événement comme la Réforme de 1517 correspond justement à la réponse sociale d’une crise profonde de la production de biens de Salut.


III – Emploi et production de valeur.


A – La satisfaction des besoins spirituels.


Tout comme dans la vie matérielle, cette richesse dévotionnelle doit être employée pour satisfaire à des besoins, et en ultime dépense, doit résulter en la satisfaction ultime du besoin suprême qui est l’obtention du Salut éternel. Mais les premières prières ne servent pas directement à investir pour ce Salut, des étapes doivent être franchies.

Maslow définit une échelle pyramidale de niveaux de satisfaction de besoins matériels. Il considère qu’un individu muni d’un capital, commencera d’abord par satisfaire ses besoins physiologiques comme manger et boire avant d’évoluer dans l’échelle pour éventuellement atteindre le stade où l’individus a suffisamment de moyens pour satisfaire des besoins d’accomplissement.

Dans la chrétienté du début de l’époque moderne, l’enfant est admis dans la communauté par un premier investissement de prières lors de son baptême. Ce capital initial est celui qui l’intègre au marché, et le lance dans sa quête d’une vie pour obtenir son Salut. C’est par ce capital initial qu’il est intégré à la société. Grâce à elle, le premier niveau de besoin religieux est franchi. Reste à évoluer sur cette échelle le plus haut possible, motivés par la nécessité d’arriver au stade final.


B – De la prière au Salut Eternel.


La prière est donc à l’origine de toute production de valeur dévotionnelle. Il ne suffit pas de simplement l’échanger pour produire de la valeur, mais de l’investir intelligemment, en fonction des règles d’un système définit tel qu’il sera capable de satisfaire un besoin religieux constamment supérieur à force de travail spirituel.

L’acquisition du Salut est impossible sans le moyen technologique qui permet de l’atteindre. Ce moyen est définit par une religion. La religion est donc nécessaire pour obtenir cette finalité. C’est le dogme qui définit les règles, ou la technologie, qui permet la production de biens dévotionnels qui donnent accès au Salut. L’obtention du baptême ou de la communion sont des étapes qui définissent un certain seuil de richesse, et qui facilitent en suite la production de biens dévotionnels. L’investissement qui a permis d’être baptisé permet la promotion qui renforce la productivité de l’individu. Ses prières prendront d’avantage de valeur aux yeux de la société, c’est à dire aux yeux du marché concerné.

A force de travail – ou de dévotion – l’évolution sur l’échèle par le suivi rigoureux et stricte des termes définis par les dogmes religieux sont sensé permettre l’acquisition du Salut éternel. Son obtention est définie come étant essentielle. L’espoir de son obtention a donc été dans ce sens, un des facteurs fondamentaux de l’organisation des hommes en société. Le travail par la prière, et la production de valeur est la nécessité absolue de ces individus mus par le besoin absolu d’obtenir ce Salut qui leur est si cher.


Conclusion.


L’interprétation de Marcel Mauss de la prière permet l’intégration de cette notion dans le système religieux économique que je me donne pour but de construire pour la poursuite de mes études. Sa définition en tant que monnaie n’est possible que par l’exposition de sa valeur sociale.

Ses études sur le sacrifice et la magie sont d'autres champs qui doivent etre explorés pour préciser à l'avenir les termes et les moyens de production de ces valeurs dévotionnelles



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