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mercredi 14 octobre 2009

Déterminer un Coût du Salut selon Rodney Stark





Déterminer un Coût du Salut.
selon Rodney Stark




Etude de trois articles du sociologue Rodney STARK :
- Towards a Theory of Religion: Religious Commitment
- Religious Choice and Competition
- The « New Denominationalism »







Introduction.

Le travail suivant est une étude et analyse des recherches menées par Rodney Stark sur les comportements dévotionnels. Il consiste en deux parties dont la première est un résumé et une analyse des trois articles étudiés l’un après l’autre, qui me servent en suite comme grille de lecture du sujet de recherche que j'ai l'intention d'entreprendre en Master 2, et dont une ébauche est formulée en deuxième partie d’étude. M’inspirant de la méthodologie du sociologue, je compte étudier « Le Coût du Salut en Occident, à l’époque moderne ».

Rodney Stark est un sociologue qui s’intéresse aux modes de pensée religieuses et aux comportements dévotionnels. Son travail est essentiellement axé sur des exemples de la société américaine. Sa méthodologie est des plus originales, puisqu’il lit les comportements sociaux au travers d’un spectre économique. Son œuvre présente donc une étape incontournable de mon projet de recherche qui consiste lui aussi en une application de l'outil économique, mais aussi mathématique à l'étude des comportements et des croyances religieuses. Les textes sur lesquels porte ce travail sont :
- Towards a Theory of Religion: Religious Commitment
- Religious Choice and Competition
- The « New Denominationalism »
Les trois articles en question ont tous un thème différent de la sociologie religieuse – mais sont tous inscrits dans une même optique d'élaboration d'un système rationnel du choix des hommes évoluant sur un marché de phénomènes socio-religieux. Ils constituent un merveilleux aperçu et un excellent condensé de son œuvre. Son travail est remarquable aussi bien pour ses conclusions que pour sa méthodologie.



PARTIE I


I – Une théorie de la religion

A – Un système rationnel expliquant la dévotion religieuse.

« Towards a Theory of Religion » est un article dans lequel l’auteur propose habilement un système logique et rationnel permettant d'expliquer les comportements humains. Plus général que les systèmes construits par les économistes, celui-ci est constitué dans le but d'analyser les échanges d'ordre religieux. Profitant des dernières recherches en anthropologie, micro-économie et psychologie - ce système innovant est construit autour d’une ossature de 7 axiomes auxquelles sont attachées des définitions qui structurent le cadre qu’il défini pour son étude, le rattachant ainsi au monde pratique et réel. De ceci sont déduites des propositions régulant ce système, et qui permettent d’orienter son travail vers trois questions : il s’agit de comprendre
- pourquoi les religions existent
- comment elles sont survenues
- et comment les mouvements religieux sont transformés.

Sur le modèle employé par les économistes, l'auteur décrit un système religieux comme un marché sur lequel circulent les sentiments de dévotion et leurs produits dérivés. Autour d'axiomes génériques qui décrivent le comportement et la nature de l'homme, les propositions qui en sont déduites par STARK sont les lois qui régulent les échanges sur ce marché. Il s'agit d'un cadre d'analyse économique du religieux.
Si ce système théorisé ainsi constitué est exact, alors la déduction de ces propositions répondant aux trois questions que se pose l’auteur permettrait de constituer un cadre expérimentable cohérent dans lequel pourraient être analysés les états d’un phénomène religieux au cours du temps. C’est le cas par exemple lors d'une expérience in-vitro. Ainsi, basé sur l’hypothèse que l’homme est un organisme rationnel optimisant sa condition de vie, il serait possible d’observer l’évolution et proposer des explications à ces choix religieux, aussi bien en remontant jusqu’à leurs origines qu’en les projetant dans l’avenir.


B – la nature économique de l'étude: un « cadre d'analyse économique du religieux »

Les axiomes sont des hypothèses que l’auteur pose comme étant véridiques, et sur lesquelles il s’appuie pour construire son système. Ces axiomes sont très similaires à ceux utilisées dans l’étude théorique du choix micro-économique rationnel d'un individu. Le vocabulaire d’ailleurs employé pour les énoncer est délibérément de l’ordre des sciences économiques. L’élaboration de cette dimension économique des interactions religieuses au saint de la société - fer de lance des études de Rodney STARK - ne peut être entreprise sans la constitution d’un cadre d’analyse. C’est sur ce support que s’observent les échangent de biens dévotionnels ; sur un marché des sentiments sociaux et religieux régi par des lois. Ce sont ces lois qui régulent le marché des dévotions religieuses. La théorie que propose l’auteur est donc une théorie au sens économique, un cadre d'analyse construit et employé pour une marchandise – c'est à dire un objet qui circule - mais qui a la particularité d’être transcendante.

Stark défini la nature et les caractéristiques des marchandises en circulation sur ce marché. Il y expose également le comportement de l'agent consommateur à son égard. Les termes employés pour décrire les variables à la fois endogènes et exogènes qui interviennent dans son système sont tous inspirés du vocabulaire des sciences économiques, ou bien y sont assimilables. Ainsi, un individu sur ce marché est muni d'un capital initial que l'auteur – curieusement – ne distingue pas. Compte tenu de la nature du système appliqué au champ religieux, on peut imaginer que ce capital est composé d'éléments de dévotion dont les ressources sont illimités: en quantité -dans la limite de la vie d'un individu-, mais pas en qualité. C’est le fidèle qui serait lui même producteur de cette dévotion.. Ce capital - réinjecté dans le système de STARK - servirait à effectuer des échanges sur un marché constitué de « récompenses » et de « coûts » : deux éléments qui sont complémentaires et s'équilibrent sur le marché où les échanges s'effectuent donc à somme nulle. La consommation d'une « récompense » contribue au bien être de l'agent. Les « récompenses » varient en nature, en genre, et en valeur. Dans certains cas, cette consommation constitue en soit l'atteinte d'un état de bien être absolue qu’on pourrait définir par le terme de « Salut » sans limiter ce terme au cadre strictement religieux. Chaque « récompense » et chaque « coût » a une « valeur », et il est considéré que l'annulation d'un coût équivaut à l'obtention d'une forme de « récompense », et vice versa. Le consommateur est un agent en quête de l'acquisition de « récompenses » et doit pour cela faire recours à une technologie; un investissement préalable dans un capital fixe nécessaire pour permettre de travailler à l'obtention de cette « récompense ». Cette technologie est appelée « explication ». La liquidité des « récompenses » sur le marché est facilitée et assurée par la mise en circulation de « compensations ». Il s'agit de billets de change dont la valeur repose sur la confiance des créanciers pour les institutions émettrices. Ces marchandises et ces créances circulent en faisant tendre le marché vers un équilibre optimal. Ceci suppose que les « valeurs » des produits, mais aussi des créances, varient d'un individu à l'autre en fonction de leurs préférences ou de leurs sensibilités. Les valeurs attribués aux produits par les agents varient en fonction de l'état du marché et de l'état d'esprit individuel. Comme tout cours de marché spéculatif, celui des dévotions est donc auto-réalisateur.

Il semble incontestable que Stark s'appuie avant tout sur les méthodes de modélisation économiques. Il est donc nécessaire de remarquer que ce modèle peut être soumis aux mêmes critiques que tout autre système économique, et il est particulièrement important de replacer l'auteur dans un courant de pensée afin de pouvoir proposer des alternatives théoriques. D’un point de vue strictement théorique, Stark semble avoir une approche qui s’attache essentiellement aux conditions de la croissance d’une économie marchande et capitaliste de ces « récompenses » salutaires ; elle est dynamique et globale: il s'agit pour lui de comprendre les lois de l'accumulation et de l'échange du point de vue d’une société toute entière, structurée en groupes d’individus aux intérêts pouvant être conflictuels (par exemple en raison d’insuffisance en « explications », en raison d’un manque de liquidité des « compensations » ou en raison d’une crise de la religion), mais dont les fonctions assurent l'enrichissement général et global des communautés. Cette approche est la définition exacte de la théorie économique classique héritée d’Adam Smith, à ceci prêt qu’elle est rapportée à une économie du Salut. La théorie classique est essentiellement contestée par l’école néoclassique qui aurait à répondre au système d’acquisition du Salut tel qu’il est défini par Stark. Ces dernier n’adhèrent pas à l’approche dynamique et globale: ils abordent le problème économique à partir d'une représentation de la société qui privilégie les individus qui la composent; la question centrale est alors celle de la compatibilité des choix individuels face à la rareté. Rapporté au sujet traité, il faudrait envisager de croire que la valeur du Salut n’est pas la même pour tous. Il s'agit pour les néoclassiques de montrer comment le marché résout ce problème en apportant à chacun le maximum de satisfaction possible; et d'inscrire l'efficacité marchande dans une vision plus individualiste de l'ordre social. Rodney Stark s’inscrit donc dans un courant de pensée économique qui peut être remis en question!

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II – La concurrence


A – Choix religieux et concurrence religieuse.

Comme tout marché, celui de la religion est soumis aux lois de la concurrence. Ceci présuppose l'existence de plusieurs religions sur le marché qui proposent des produits comparables. Elles sont animées par des agents, en s'adaptant pour répondre à leurs comportements caractéristiques de consommation tels qu'ils sont mis en évidence dans le cadre d'analyse décrit précédemment. Les lois qui régissent ce système sont donc toujours celles de la dévotion, correspondant à la circulation sur ce marché de biens de consommation particuliers d’ordre spirituel.

Encore une fois, l'auteur se rapporte au secteur économique. Une loi fondamentale de la concurrence lui permet d'exposer son propos: « toutes autres choses égales par ailleurs, la concurrence résulte en des entreprises plus dynamiques et plus efficaces ». Ramené au secteur religieux, cela lui permet de postuler que « dès lors que 'l'économie du religieux' est libérale et ouvert à la concurrence, le niveau global de dévotion religieuse sera plus élevé ». La libéralisation du secteur est donc présenté comme un point bénéfique pour les consommateurs qui sont également les producteurs de dévotion religieuse. Le système tel quel est ainsi conçu afin d’encourager l’augmentation de la production de dévotion.

L'élaboration de cette théorie de la concurrence ne prend sens que s'il est inclus dans le cadre d'analyse économique du religieux'. A partir de ces théories, Stark formule cinq hypothèses permettant de mieux comprendre la façon dont est forgé l'environnement dans lequel les agents sont amenés à effectuer leurs choix de consommation:
- La dévotion religieuse globale est plus élevée là où le pluralisme religieux est plus prononcé, et où la régulation étatique de la religion est plus modérée. Ici, il est estimé que la libre concurrence des religions peut accroître la consommation et donc la production de bien est accrue par la demande croissante. La production est générée par la demande.
- La dévotion des groupes religieux est plus dynamique et plus forte lorsque la position du marché exploité est plus marginale.
- Dans certaines circonstances, les conflits peuvent être un substitut à la concurrence pour générer de hauts niveaux de dévotion religieuse.
- L'individualisme étant contre-productif, il existe un niveau de pluralité à partir duquel le pluralisme religieux n'est plus générateur de concurrence ni de dévotion religieuse.
- Il n'est question de diversité religieuse que si la pluralité est effective dans un même environnement de vie, au sain duquel chaque individu peut potentiellement effectuer son choix de consommation parmi plusieurs concurrents.
Afin d’en faire des postulats, chacune de ces hypothèse est confrontée à d’autres travaux plus classiques et qui ne font pas appel aux mêmes méthodes de lecture économique. Le constat de l’alignement des résultats de Rodney Stark avec ceux de ses collègues sociologues justifie la vraisemblance de son système concurrentiel. Cela permet donc à l'auteur de soumettre la cohérence d'une 'économie concurrentielle de la religion'.


B – Perspectives d'élaboration d'une théorie micro économique de la religion

L'existence d'une part de cette concurrence parmi les religions et d'autre part de leur effet sur la production et la consommation de « biens de Salut » ou de « récompenses » – toutes deux effectives - nécessite d'avancer certaines hypothèses de comportement du marché concurrentiel religieux, par analogie à ce qui serait envisageable sur un marché économique soumis également à un libéralisme d’échange. La compétitivité peut favoriser:
- la qualité de la production
- l'efficacité des moyens de production
- l'augmentation des quantités produites
- l'innovation et la diversité des biens de production.
Ainsi, le consommateur de religieux se trouverait sur un véritable marché duquel il peut s'attendre à l'élaboration d'un système de communication conçu pour l'attirer comme clientèle. En tant que consommateur sur un tel marché, il s'attend à mieux être satisfait de son investissement: « To the degree that religious economies are unregulated and competitive, overall levels of religious commitment will be higher. ». Le consommateur investirait donc plus là où il a plus d'assurance d'obtenir ce qu'il recherche, d'autant plus que la concurrence permet d'en abaisser les coûts.

Les phénomènes économiques fonctionnent par mécanismes. Chaque élément du système est sensible aux variations des autres. Ainsi, l'amélioration de la production résultant de la concurrence a aussi un effet sur la consommation. Ces lois de la concurrence sur la marché de la religion sont donc elles aussi constitutives du cadre théorique dans lequel les agents sont amenés à effectuer leurs choix de consommation. C’est ce qu’on peut appeler « les mécanismes du marché de la religion »: compte tenu de ses moyens initiaux et de l'état des « marchés dévotionnels », chaque individu est libre de choisir la manière dont il souhaite investir son capital dévotionnel. De la même manière, si une religion obtient un monopole de production résultant d'une innovation – comme par exemple une explication plus efficace -, alors elle est susceptible de voir augmenter sa clientèle si ce produit est attractif, et tant que le monopole est maintenu.

A ce stade de l'étude, deux éléments sont constitutifs du cadre dans lequel l'individu est amené à effectuer ses choix de consommation. Il y d’une part un cadre d'analyse qui défini la nature des biens de consommation et le comportement des agents à leur égard, et d’autre part un tableau explicatif des mécanismes de la concurrence qui cherchent à répondre à la demande de consommation de ces agents. Tout ceci structure le cadre environnemental de l'agent consommateur.
Il serait dès lors envisageable de considérer l'évolution dans ce cadre d'un agent homo-économicus redéfini en « homo-religiosus » en quête absolu de Salut éternel dans la religion. Ce dernier serait confronté au marché des religions. Il serait alors possible d'imaginer l'élaboration d'une théorie micro-économique des comportements de consommation de cet agent, compte tenu d'un état défini du marché. Les préférences d'un tel individu seraient alors des données négligeables car prévisibles dans un calcul où chaque individu est considéré comme étant capable de reconnaître le meilleur investissement à faire en vu d'obtenir son Salut. Il est en effet considéré comme étant capable de prendre tous les paramètres de décision nécessaires en considération. De la même manière, un raisonnement économique inverse est alors envisageable: En supposant que le comportement moyen d'un consommateur est analogue ou proche d'un homo-religiosus parfait, il serait possible de décrire l'état du paysage religieux d'un espace géographique défini. Cela permettrait la tâche complexe et délicate de formuler des agrégats délimitant des groupes de population en fonction de leurs sensibilités religieuses - et ce de façon transcendante à toute déclaration formelle d'appartenance religieuse. Il devient alors possible de mesurer par exemple l'écart de cohérence entre l'investissement en « explications », et leur efficacité en terme de production de « récompenses ». C'est justement l'étude à laquelle se confronte Rodney Stark dans son enquête statistique de « The New Denominationalism ».

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III – L’usage de statistiques : création de sources de données.


A – Application d'une théorie micro économique de la religion

« The New Denominationalism » est une étude statistique qui fait suite à un constat des paroisses américaines : l’Amérique aurait vécu une renaissance religieuse de l’après guerre jusqu’aux environs de 1960. Ils observent en effet une augmentation des fréquentations des églises de toutes sortes. Les premiers aimeraient à croire qu’il s’agit en effet d’un regain de terrain de la religion : un resurgissement de la piété et des valeurs spirituelles . D’autres suspectent que si les croyants semblent augmenter en quantité, ceci serait aussi et essentiellement accompagné de changements qualitatifs de nature séculière. Ces critiques stipulent que les américains auraient perdu la notion de certaines distinctions confessionnelles majeures de la Chrétienté, et que les églises ne seraient fréquentées que dans un pure intérêt de développement des relations sociales. Rodney Stark mène donc une enquête afin de déterminer les raisons profondes de ce bouleversement comportemental, et afin d’attenter de reclasser les individus en nouveaux groupes. Ils seraient définis cette fois en fonction du degré de concordance de leurs croyances avec le choix de leur confession. Il établit sa problématique d’étude autour de trois questions directrices :
- S’avère-t-il exact que les congrégations d’Amérique sont de moins en moins traditionnels dans leurs positions théologiques ?
- Si de telles transformations sont indiquées, sont-elles survenues de manière égale dans chaque confession ?
- Si la sécularisation a pris place dans l’idéologie religieuse des paroissiens d’Amérique, que peuvent annoncer ces changements pour l’avenir de l’œcuménisme ?

Pour mener cette étude, il organise un sondage de prêt de cinq cent questions sur un échantillon de population provenant de quatre Etats de la côte Ouest des Etats-Unis. Les individus qui le composent sont sélectionnés au hasard de façon à obtenir une représentativité significative et proportionnelle de chaque congrégation présente en ces lieux. Son analyse statistique consiste à récupérer leurs réponses dans une grille de choix sur des questions portant sur les thèmes suivants :
- la croyance en l’existence de Dieu
- la croyance en la divinité de Jésus Christ
- la croyance du caractère salvateur de Jésus Christ
- la croyance en la virginité de Marie
- la croyance aux miracles
- la croyance en la vie après la mort
- la croyance en l’existence du diable.
Ces questions sont celles qui marquent les principaux points de discorde théologique – et donc de distinction - entre les différentes confessions sondées. Ce sont donc aussi les lignes de croyance directrices qui devraient précisément définir le choix d’appartenance des individus à leur congrégation et non pas une autre. Posées séparément, les réponses à ces questions ont pu donner lieu à une apparence d’incohérence de choix confessionnel chez les membres de certaines congrégations. Il est alors nécessaire de reclasser les ensembles religieux prédéfinis théologiquement, en fonction cette fois du degré de cohérence religieuse de leurs membres plutôt que par leur simple dénomination. En effet : plus les membres d’une confession sont cohérents avec leur choix de religion, plus l’investissement de ses membres en cette « explication » leur est rentable du fait de la supériorité de leur efficacité technologique individuelle à produire des « récompenses ». (Dans ce cas, « l’explication » parfaite correspondrait donc à l’intégralité du dogme d’une confession telle qu’il est défini théoriquement. Il inclut donc entre autre une position précise et établie à propos des différents points théologiques du questionnaire soumis à l’échantillon de population étudié. Les individus cohérents qui choisissent un dogme estiment que ce dernier est capable de leur procurer une production efficace de « récompenses » lorsqu’il est respecté à la lettre. En termes distincts de tout système économique : il est considéré comme une condition nécessaire de croire en un dogme établi afin qu’une adhésion à la religion qui s’y attache soit pleinement efficace dans une quête de Salut, lorsque cette dernière est envisagée par la salvation de son âme.) Or un individu pieux en quête de Salut par la religion fait son choix de congrégation exclusivement en fonction de sa sensibilité religieuse et de l’état du marché religieux au moment de sa décision. En toute cohérence, il s’oriente par conséquent nécessairement vers la confession la plus apte à lui procurer ce qu’il vient y chercher. Un nouveau classement établi en fonction des réponses à ce questionnaire statistique permettrait donc de distinguer les confessions dont les membres sont les mieux capables à faire produire du bien de Salut efficacement. L’étude de Stark permet ainsi de localiser dans quelles congrégations se retrouvent le plus d’individus munis exclusivement des pieuses caractéristiques de tels individus. Par extension, cela permettrait donc finalement de reclasser les groupes confessionnels en fonction cette fois de la proportion de leur croissance en effectif due exclusivement à l’adhésion d’individus motivés par une révélation à la foi.


B – conclusions de l'auteur sur l'état actuel des formes de dévotion et de religion aux USA.

L’analyse statistique permet donc une étude transversale des réelles croyances des membres des congrégations suivantes :Congegational, Methodist, Protestant Episcopal, Disciples of Christ (The Christian Church), Presbyterian, American Lutheran, American Baptist, Lutheran-Missouri Synod, Southern Baptists, Sects.

La lecture que fait Rodney Stark de son travail de reclassement lui permet d’exposer les raisons pour lesquelles il pense que d’importants changements ont effectivement eu lieu au sein de certaines congrégations américaines. Beaucoup semblent avoir été affectés par phénomènes de sécularisation. En revanche, des groupes tels que les Southern Baptists et les sectes semblent avoir fondamentalement maintenu leur foi en la théologie chrétienne traditionnelle à l’écart de toute épreuve. Il est plus généralement admis que les différences doctrinales et d’organisation rituels théoriques d’origine qui ont forgé l’histoire du christianisme ne sont plus d’actualité, et ont largement perdu leurs capacité de distinction confessionnelle dans le paysage religieux américain contemporain. Les résultats de l’étude semblent même indiquer l’émergence de nouveaux critères de différenciation qui ne portent par exemple pas sur la nature du pain et du vin comme c’était fortement le cas à l’époque moderne, mais plutôt sur la nature humaine ou pas de Jésus.
De nouvelles tentatives de discussion autour du rêve œcuménique s’ouvrent à des groupes religieux fondamentalement opposés. Cela met en évidence une recherche de flexibilité théologique. Mais il est plausible que cette dernière soit également accompagnée d’une perte d’intérêt pour la théologie en elle même. Ces groupes peut-être ne perçoivent pas les barrières théologiques comme étant des obstacles significatifs à une éventuelle unité religieuse, mais ce n’est certainement pas le cas des corps conservateurs. Malgré tout, les premiers persistent à encourager les seconds à prendre part dans la discussion.
Il peut également être intéressant de remarquer que c’est au sein des corps les plus distants de principes œcuméniques qu’il y a le plus grand consensus en matière de croyances religieuses. C’est le cas par exemple des sectes et des Southern Baptists En revanche, dans les corps les plus concernés par l’œcuménisme comme les Congregationalists et les Episcopalians, les membres semblent avoir des opinions en termes de théologie semblent être bien plus dispersées. Trois facteurs peuvent expliquer leur cohésion malgré l’absence d’une solide structure théologique. Premièrement, les membres des corps les plus libéraux accordent clairement moins d’intérêt à la religion que ne le font les groupes les plus conservateurs, restreignant ainsi les conflits théologiques. Deuxièmement, les individus de ces corps libéraux dont les croyances sont les plus divergentes des traditions déclarent n’avoir pas ou peu de relations avec les autres membres de la congrégation. La communication y est donc restreinte aux groupes sociaux préexistants. Troisièmement, les sermons de ces derniers semblent porter davantage sur des sujets moraux et éthiques plutôt que doctrinaux. Alors l’absence de communication générale au sein de ces groupes n’alerte personne sur l’existence d’écarts en matière de croyance.

Cinq groupes différents peuvent ainsi être reconstitués à partir des résultats de cette enquête : les premiers sont les Libéraux, groupe qui comprend les Congregationalists, les Methodists et les Episcopalians. Ils sont caractérisés par une majorité de membres qui rejettent la rigueur de toutes croyances centrales de l’orthodoxie chrétienne. Le deuxième groupe, les Modérés, est composé des Disciples of Christ et des Presbyterians. Ils sont moins sécularisés que les Libéraux, mais le sont plus que les Conservateurs qui comprennent les American Lutherans et les American Baptists. Les Fondamentalistes incluent les Missouri Synod Lutherans, les Southern Baptists et les autres sectes. Finalement, les différences historiques qui distinguent les Roman Catholics du Protestantisme leur permet encore de former un groupe de part entière. Cette reformulation de cinq groupes théologique est le fruit de ce que les sciences statistiques peuvent sans doutes faire de mieux. Un projet œcuménique se heurterait certainement aux mêmes restrictions.

Parmi les quatre groupes de l’ensemble protestant, le classement représente finalement de façon croissante l’ordre dans lequel ces corps sont capables de procurer à leurs membres des « explications » efficaces à l’obtention de « récompenses ». Or on ne peut s’empêcher de remarquer que le groupe des libéraux est celui dont les membres sont majoritaires en nombre. Ces derniers ne sont évidemment pas dans l’erreur : le choix d’appartenance religieuse de ces individus ne dénote en aucun cas des chances plus réduites d’obtenir leur Salut. Il s’agit plutôt de comprendre que ces individus ne se rassemblent pas pour des raisons religieuses : ils choisissent l’adhésion à ces groupes pour toutes une panoplie d’autres valeurs que paraissent se développer plus facilement dans ces milieux plus séculiers. Ces derniers peuvent donc également postuler pour leur Salut, seulement il ne le recherchent sans doutes pas dans la religieux. Il peut malgré tout s’agir un Salut portant de valeurs toutes aussi nobles.



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PARTIE II


Etude du rapport méthodologique à mon étude.

L'auteur Rodney Stark se situe parfaitement dans la lignée de pensée théorique dans laquelle je souhaite inscrire mon étude. En complément à l’étude des textes, il me paraît nécessaire d’analyser brièvement la compatibilité de sa méthode avec mon propre sujet d’étude : « Le Coût du Salut en Occident, au début de l’époque moderne. »

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I – une économie de la religion.

A – Une théorie économique de la dévotion religieuse

Malgré la méthode critiquable exposée et appliquée par Rodney Stark, le sociologue démontre qu’il est néanmoins possible de rationaliser les choix de dévotion (quoi que cela n’explique pas le choix même d’avoir une dévotion pour quelque chose ou pour quelqu’un) et de théoriser l’environnement dans lequel il effectue ses choix.

Cette méthodologie permet une lecture économique de la religion. En dehors de l’assurance d’une cohérence de raisonnement, elle permet d’appliquer à la religion tout le savoir faire des sciences économiques. Les théories des échanges pourraient également être expérimentées sur des échanges dévotionnels.

Un atout majeur d'une telle étude entreprise au travers du spectre économique est de savoir mettre en évidence les corrélations et articulations existantes entre les différents éléments constitutifs du système. Aussi, il permet de dégager les variables qui ont un réel pouvoir d’influence sur les autres éléments constitutifs du système, peut être même peut on en mesurer l’importance. Certains mécanismes en deviendraient alors modélisables mathématiquement.


B – Arithmétique du SALUT

Une telle étude portant sur un « coût » du Salut implique l’existence ou la conscience d’une arithmétique de cumulation d’éléments qui a pour finalité – en somme peut être – de permettre l’acquisition du Salut éternel. Encore faut il alors se demander s’il peut exister un cumul défini d’éléments qui permettent en contre partie l’obtention du Salut éternel. C’est pourquoi il est important qu’il soit toujours question de « quête » du Salut. Quête éternellement poursuivie, simplement parce que l’homme est un être empli d’espoir.

Il est impossible de prétendre étudier un model d’acquisition du Salut sans mentionner le travail de Max Weber. Mais si ce dernier formule la distinction de différents types de Saluts et divers moyens de les accomplir, il approche - sans véritablement y entrer - la densité de la dimension fondamentalement économique du sujet. Le Salut est clairement une finalité que Weber explique comment obtenir par l’acquisition de « Biens de Salut ». Si ces « biens » sont consubstantiels au Salut en lui même, alors il n’a pas vu tous les mécanismes de conversions et de transaction qui existent en amont de leur obtention, surtout à l’époque moderne. De cette manière, chaque élément de la vie peut être perçu comme un pas de plus vers le Salut. Dans une époque de religion, c’est envers cette dernière que peuvent alors être comprise l’orientation de tous faits et gestes.

Ainsi doivent être établie deux hypothèse afin de rendre envisageable la poursuite d’un tel travail d’étude :
- Tout être humain est en quête d'un bien unique, précisé et défini par le dogme de sa religion: le Salut éternel.
- La nature capitaliste de l'homme a pour conséquence de le faire percevoir la totalité de son environnement, des faits, de ses actes et gestes comme constitutifs d'un capital appelé « bien de dévotion » : monnaie d’échange première sur un vaste marché du Salut, complexe par sa dimension économique à proprement parler

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II – Application dans la quatrième dimension.

A – Validité des théories à l'époque moderne.

L’historien Denis Crouzet illustre en une seule phrase l’ambiance mais surtout la complexité du début de l’époque moderne en occident : « le XVIème siècle est avant tout un siècle de la religion. ». Comment donc s’y organise-t-on pour espérer obtenir son Salut ?

L’intérêt de mener une telle étude à l’époque moderne en occident est d’en observer les tenants et les aboutissants dans un contexte religieux très différent de celui que nous connaissons aujourd’hui. Il y a cinq siècles, l’Europe était emplie de religion, et le monde se comprenait différemment. Alors que la technologie d’acquisition du Salut semblait définie et monopolisée par une puissante institution religieuse, ma problématique pourrait être de comprendre comment a varié le coût du Salut – et comment cette variation a été vécue - à partir du moment où en 1517, Martin Luther affiche ses thèses sur le portique de l’église de Wittenberg. Survient alors le processus mécanique de la concurrence. Il reste à savoir si le mécanisme fonctionne de la même façon à l’époque moderne. Il s’agirait de l’étude du premier phénomène d’économie religieuse de marché depuis le monopole chrétien.

Le report du modèle d’étude de Stark à l’époque moderne fait surgir au moins un problème anachronique majeur. Lorsque Rodney Stark étudie les religions d’Amérique, il hérite déjà des théories économiques post industrielles. Il s’agit donc d’un mode de pensé théoriquement applicable à tout processus d’échange survenant exclusivement après les évènements qui ont inspirés leur formulation. En histoire économique par exemple, il est insensé d’appliquer des théories à des phénomènes survenus avant leur définition. Or à l’époque où je souhaite inscrire mon étude, seule la théorie mercantile de Jean Bodin est employée…


B – Le problème des sources.

Les écrits de Jean Bodin sur les causes de l’augmentation des prix montrent certes un certain stade d’évolution de l’état de conscience économique de l’époque, mais ils ne permettent que des manœuvres très restreintes. Est-ce entre autre un corpus économique et religieux suffisent pour mettre en évidence la conscience d’une économie du Salut ? Quelles sources peuvent donc être utilisées pour mener une telle étude ?

On pourrait d’une part envisager que toutes sources de toutes sortes pourraient potentiellement être utilisables dès lors où l’on considère l’hypothèse stipulant que « tout fait, acte et geste n’est accompli que dans le but de constituer un capital convertissable en bien de dévotion ». Certaines méthodes actuelles d’analyse telles que la lexicométrie ou l’économétrie permettraient peut être de les convertir en sources exploitables pour ce sujet. Mais je pense que ces derniers ne serviraient qu’à illustrer certains propos. L’essentiel du travail étant avant tout de constituer un système d’observation évolutif du coût du Salut, les sources à employer doivent en priorité être de deux types : des sources primaires qui à l’époque étudiée définissent comment se mettre en quête de son Salut , et des sources secondaires qui illustrent des modes de pensée mathématiques de la religion. Les suivantes m’ont été généreusement conseillés par mon directeur d’étude Monsieur Pierre-Antoine FABRE.

Les sources primaires ne devraient pas être difficiles à trouver. Elles concerneraient des thèmes comme l’importance de la confession ou encore de la méditation spirituelle. Elles permettraient de constituer des sources perspectives soulevant des problématiques sur la nature de ce qui doit être demandé à la religion. On y trouverait également des informations sur la définition d’un parcours religieux plus individuel. J’envisage ainsi de parcourir quelques séries de manuels de confession. Adriano Prosperi par exemple a fait l’étude de l’une d’entre elles dans « Tribunaux de la conscience ».
Les sources secondaires viseraient plutôt à repérer comment certains érudits spirituels de l’époque moderne ont pu penser la religion et la théologie en terme mathématique ou analytique. L’étude par exemple de Kolakowski sur Benoit de Canfield dans « Chrétiens sans Eglises » est une tentative de percevoir comment on a pu penser le rapport de la relation théologique à l’absolu. Daniel Vidal, un autre auteur, en a étudié son approche de la mesure de l’immensité, étude qui a combiné les mathématiques et la théologie.

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III - Mathématisation de la quête du Salut à l'époque moderne.

A – la comptabilité en religion

Le mode d’approche du sujet nécessite également de sonder les possibilités d’une étude économique du Salut. Peut on y employer tous les outils utilisés en d’autres circonstances économiques ?

Les principales méthodes à interroger sont sans doutes celles d’ordre quantitatives. Jacques Chiffoleau, dans sa « Comptabilité de l’au-delà », fait usage de la science du dénombrement transactionnel pour mener son étude sur Avignon au temps des Papes. Appliquée au sens propre, la méthode peut également se révéler être utile pour l’étude de certains documents spécifiques tels que les testaments – déjà pourtant mille fois travaillés. Ils ne sont jamais à l’abri d’une nouvelle lecture, et il me fut intéressant de constater à quel point ces enregistrements de capital matériel ressemblent à des relevés de compte. Analysés comme tels, ils peuvent peut être révéler la part investie à la mort du propriétaire dans son Salut ; par donation à un monastère par exemple.

Comme tout relevé de compte, son analyse permettrait de déterminer des sources de dépenses et d’investissement. Mieux encore : il serait possible de les chiffrer.


B – Le Salut a-t-il une valeur chiffrée?

S’il est effectivement possible de chiffrer un investissement post mortem, il faut encore s’interroger sur la possibilité et surtout sur la moralité à chiffrer le Salut d’un individu.

Si un tel calcul était possible, alors il serait intéressant de chercher à constituer des agrégats. Par différentes combinaisons, cela permettrait alors de soulever une grande question métaphysique : savoir si le Salut des Hommes avait une valeur différente en fonction des classes sociales ou des régions. Une lumière importante serait alors projetée sur l’interprétation des modes de vie de ces différentes catégorisations de la population.

Par un travail de projection, ce travail pourrait être reproduit sur des données actuelles, soulevant alors des problèmes aussi bien éthiques que morales. Sommes-nous en droit d’évaluer la valeur chiffrée d’une vie humaine ? …

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Conclusion

L’étude de Rodney Stark constitue incontestablement un modèle d’analyse pour mon travail portant sur le « Coût du Salut ». Le système n’a besoin que d’être manipulé et complété pour tirer les conclusions d’une telle problématique d’étude. Cependant, la difficulté majeure de l’entreprise reste de retranscrire ce modèle à une époque si différente, où les sources ne sont pas interrogeables de la même manière.